Mairies bananières part 3 : le libéralisme autoritaire

La doctrine libérale veut que le marché s’autorégule de lui même. Selon ce dogme, l’ingérence de l’État dans la sphère économique doit se faire la plus discrète possible.

Il existe bien sûr un cadre législatif supposé imposer des limites aux entreprises en matière de fiscalité, droit du travail, protection sociale et environnementale. On voit comment les multinationales arrivent à se jouer de ces règles en prétendant édicter leurs propres chartes, en créant leurs commissions autonomes et cabinets d’experts et d’avocats, en faisant du lobbying auprès du législateur.

Les gagne misère

Or, cette doctrine libérale qui protège les grosses compagnies, semble ne pas s’appliquer aux secteurs professionnels de moindre envergure : c’est le cas d’un secteur peu structuré comme celui des écoles de surf, qui ne bénéficie que depuis peu d’une protection syndicale efficace, et qui catalyse tous les clichés liés au surf, d’individualisme, de fainéantise, de profiter du système, d’incapacité à se défendre collectivement.

Là où s’invite en outre une forme de libéralisme autoritaire, c’est dans le rapport de force que certaines mairies entretiennent depuis quelques années vis-à-vis des écoles de surf présentes sur leur territoire : quelques élus, au prétexte d’assurer la sécurité des plages, sont tentés de gérer les écoles de surf, non pas comme des partenaires économiques, mais comme un patron gérerait les salariés de son entreprise.

Un patron au management à l’ancienne, c’est à dire anti-démocratique, pyramidal et autoritaire : le salarié est un élément des rouages de l’entreprise dont la fonction est de générer le plus de richesse possible, pour le bénéfice des actionnaires. Tout mouvement de regroupement syndical, aspiration ou revendication sociale est déviée vers le responsable des ressources humaines ou à la médecine du travail, qui va prescrire aux individus des cours de yoga ou de méditation.

Ici, bien que les moniteurs de surf et leurs stagiaires ne fassent que passer sur la plage pour se mettre à l’eau, bien que l’accès à la plage et à l’océan soit libre d’accès, bien que les éducateurs sportifs soient formés à la sécurité, la réglementation et l’expertise du milieu océanique et responsables de leurs stagiaires, la mairie voit d’un œil jaloux ces écoles de surf qui vivent de leur activité.

Les élus parlent de la « manne » dont profitent les écoles de surf. Les élus veulent leur part du gâteau. Alors, prétextant une régulation du nombre d’écoles de surf, elles mettent en place des dispositifs qui tendent à contraindre les écoles de surf dans la gestion de leurs entreprises : à Biarritz, la mairie prétend ainsi contraindre les écoles de surf à s’aligner en bord de plage dans des espèces de paillotes identiques les unes aux autres, ce qui lui permet d’imposer des redevances en échange de concessions de plages et de rétrocession de leur chiffre d’affaire. Et elle y arrive !

Cet exemple biarrot inspire les communes landaises. C’est alors le brainstorming entre les 3 communes de Capbreton, Hossegor, Seignosse pour créer le dispositif réglementaire, à l’horizon 2021, qui permettra d’exiger des écoles de surf le paiement d’un nouvel impôt. Peu importe la manière, du moment que cette « manne » profite aussi aux mairies.

Manne dont elle bénéficie déjà, via la fiscalité des entreprises, via les taxes de séjour des stagiaires surf, via la publicité faite à ces destinations surf, via les partenariats avec les offices de tourisme et les hébergeurs, via une réduction certaine du nombre de noyades du fait de la surveillance gratuite qu’exercent les moniteurs de surf sur les plages.

Mais ce n’est visiblement pas suffisant. A quand la taxation des cours de sauvetage côtier, de kite surf, de marche nordique, de yoga sur la plage, dans la forêt, dans les parcs ?

Le domaine public devient la propriété du maire qui semble tenté d’en user comme d’un bien privé, source de revenus. Quitte à inventer de nouvelles taxes, à créer des dispositifs enrobés de beaux discours mais qui ne visent finalement qu’à ponctionner les professionnels.

D’où la tentation, comme à Capbreton, des parkings payants et des immeubles de location saisonnière qui défigurent le bord de mer ; à quand le ticket pour accéder à la plage, comme on se rendrait au parc d’attraction ?

La puissance publique a toujours été quelque peu condescendante envers ceux qui mènent des activités saisonnières (la preuve en est qu’il est quasiment impossible pour un saisonnier de se loger), rajoutez à cela le fait de travailler sur la plage avec une planche de surf, c’est plus qu’un élu ne peut supporter.

Allez en plus lui dire que vous pouvez l’aider dans ses problématiques de sécurité des plages et dans la création de dispositifs réglementaires cohérents et pertinents, c’est pousser le bouchon un peu trop loin. Les gueux doivent rester à leur place et observer la puissance tutélaire décider de ce qui est bon pour eux.

Taxer n’est pas réguler

Le compte-rendu que nous a communiqué le syndicat des professionnels du surf, consulté sur l’aspect de la légalité du nouveau dispositif d’adjudication proposé par les 3 mairies est sans appel : le dispositif est complètement déplacé et hors la loi.

En effet, on ne peut pas imposer à des éducateurs sportifs en milieu naturel, en lieu et place d’une autorisation d’exercer leur activité, une AOT (autorisation d’occupation temporaire), alors qu’ils n’occupent pas le domaine public. A moins de considérer que leur sac de sécu constitue un encombrement de la plage et nécessite la construction d’une petite paillote, ce qui est bien sûr absurde.

La pression qu’a exercé le syndicat sur les mairies de Hossegor et de Seignosse, en remettant en cause tant la légalité que le contenu des dossiers de candidature a obligé les mairies à reculer sur un certain nombre de points.

Les écoles de surf adhérant au SPS ont en quelque sorte offert, à leurs frais, un audit juridique gratuit. A la lecture des arguments juridiques du syndicat, les deux mairies ont réalisé qu’en continuant de poursuivre leur démarche à la manière d’un bulldozer, elles risquaient de se heurter au mur de la loi. Elles ont compris du même coup que les écoles de surf n’étaient pas que des individus isolés que l’on pouvait diviser en jouant de leurs différences mais qu’elles étaient capables de s’unir pour s’opposer à des injustices et des attaques dont elles seraient les victimes.

A Hossegor, la mairie a entendu partiellement les arguments, tant des gérants d’écoles de surf historiques sur la commune, que ceux du syndicat qui représente la profession, et décidé d’apporter quelques modifications au dispositif, mais les concession n’ont porté que sur des détails. On déplorera donc que l’objectif réel du dispositif, exiger le paiement d’une taxe, semble avoir été maintenu :

Ont été retirées du dossier les questions portant sur les finances, placements, comptabilité des écoles candidates, totalement déplacées pour déterminer les qualités pédagogiques d’une école de surf, au regard de l’aspect sécuritaire de l’encadrement de la pratique (seul biais légal par lequel le mairie peut réglementer l’activité des écoles de surf).

Ce critère, comme de nombreux autres demeurés dans le dossier, pouvait être interprété de manière discriminatoire, selon la sensibilité de la personne amenée à le noter, pour favoriser la grosse structure générant de fort revenus. D’autres critères au contraire, portant sur l’impact environnemental, pouvaient sembler favoriser des petites structures peu gourmandes en ressources (eau, électricité, infrastructures, etc).

Au terme d’une réunion, la mairie a donc symboliquement dispensé les écoles de surf présentes, de divulguer leurs informations privées de nature financière, elle a reporté la date de dépôt du dossier au vu de sa lourdeur, elle leur a également permis de déposer le dossier sous forme dématérialisée et parlé le « gentil », arguant que tout cela avait été fait pour leur bien, pour les aider.

Ultérieurement, sous forme de bruits de couloir et d’un article dans le Sud-Ouest, les écoles de surf apprendraient que l’idée d’une taxe pour financer un contrôleur municipal des écoles de surf était maintenue. En dépit du fait qu’aucune école non autorisée ne vienne enseigner l’été en zone réglementée sur les plages de Hossegor pendant les horaires de surveillance.

Les écoles de surf de Hossegor verront donc leur droit au travail sur la commune conditionné au paiement d’une taxe de 200€ par moniteur, dédiée au financement d’un beach marshall aux qualifications à ce jour inconnues.

A Seignosse, où les courriers du SPS ont également remis en question le bien fondé du dispositif, Eco-Safe Surfing a tenté d’établir un contact avec la mairie sous forme d’un courriel qui n’a reçu en guise de réponse qu’un simple accusé de réception. Ici en particulier, la municipalité a tenu son cap, elle a poursuivi coûte que coûte son objectif. Les arguments juridiques du SPS l’ont obligée à changer légèrement le dispositif, la taxe « beach marshall », parfaitement illégale, est alors devenue une obligation de prendre une place de stationnement privatisée sur un parking gratuit donnant droit à une autorisation d’occupation temporaire, faisant office d’autorisation à exercer une activité de loisir. N’importe qui bondirait à la seule lecture de cet énoncé qui sent l’arnaque à plein nez !

Retour donc à la case départ, avec le SPS qui vient à nouveau interroger la légalité de ce nouvel habillage grossier et une mairie qui dévoile son jeu : si l’on confronte les effets d’annonce du maire de Seignosse pour justifier ce nouveau dispositif – limiter le nombre d’écoles en effectuant une sélection au mérite – avec la réalisation de ce même dispositif, on constate que toutes les écoles candidates ont été retenues. Il devient alors évident que le dossier ne répond à aucune de ses missions et que son véritable objectif, lui inaltérable, était et demeure de faire payer les écoles de surf, coûte que coûte.

Rappelons que des démarches à destination de Mr le Maire ont lieu depuis le début de sa mandature pour permettre aux écoles de surf historiques de participer à l’élaboration de réglementations plus justes, en cohérence avec les besoins de la profession et l’exigence de sécurité. Là encore, à l’imitation des déclarations ronflantes de nombreuses personnalités politiques dans les médias, les promesses n’ont pas été tenues, ce qui envoie un message fort à l’ensemble de la profession :

Vous ne valez pas qu’on vous écoute, votre expertise et votre renfort à la sécurité des plages sont une réalité qui reste du domaine de l’abstraction. Plutôt que la collaboration, nous élus, préférons vous accabler sous des tonnes de paperasse et vous imposer de nouvelles taxes. Bienvenue en Absurdistan !

Mairies bananières Part 2 : le retour du servage

Le GIP Littoral Aquitain, pour l’élaboration de son guide à destination des mairies pour réguler les problématiques de sécurité liées à l’augmentation du nombre d’écoles de surf, s’est inspiré de différents types de dispositifs réglementaires. La mairie de Capbreton a fait partie de ce panel de modèles, choisis non pas pour leur perfection mais pour leurs diversités d’approches.

Le fait de permettre à un club associatif d’assurer une concurrence déloyale sur les écoles privées, comme cela se pratique à Capbreton de manière tout à fait assumée, ne faisait pas partie des solutions validées par le cabinet d’experts juridiques du GIP Littoral Aquitain. Le Plan Action Glisse présenté en 2019 met en garde au contraire contre ce genre de dérives.

Dès lors, autoproclamée championne du GIP, la mairie de Capbreton a élaboré un nouveau dispositif d’adjudication du droit à enseigner sur les plages, qu’elle a présenté à ses voisins de Hossegor et de Seignosse comme la solution miracle pour justifier du choix des mairies à accepter ou refuser des candidatures.

Capbreton origins : le super dossier !

Dès lors pour la saison 2021, il s’agit pour chaque école de remplir un dossier dont l’intention est de noter les écoles selon des critères de sélection pré-établis.

Légalement, seul le pouvoir de police du maire, en vertu de son devoir d’assurer la sécurité des usagers de la plage, lui permet de réguler l’accès des écoles de surf au littoral, libre d’accès selon la loi.

Les mairies de Hossegor et de Seignosse ont donc envoyé par mailing la procédure à leurs écoles de surf respectives, celle de Capbreton a par contre décalé la procédure d’un an et reconduit automatiquement les écoles autorisées l’année précédente, elle s’est assise confortablement et puis elle a regardé le spectacle et compté les points, tranquillement. Allez-y les gars, nous on arrive, mais plus tard !

En effet, les gérants d’école de surf des trois communes respectives ont littéralement implosé lorsqu’ils se sont emparés du contenu de la procédure. A Seignosse, le maire leur avait dit, le futur dispositif, on le construira ensemble. Cela n’advint pas. Comme toujours, les professionnels n’avaient pas été consultés et cela s’est ressenti d’emblée sur le contenu même du dossier de candidature, bourré d’incohérences et d’éléments contradictoires, sources d’inégalités et d’interprétations subjectives, demandes intrusives d’éléments sans rapport avec une exigence en matière de sécurité ou même de qualité de l’enseignement.

Déroutées, de nombreuses écoles de surf se tournèrent vers Eco-Safe Surfing mais plus encore vers le Syndicat des Professionnels du Surf, afin de questionner la légalité de la procédure via son conseil juridique.

Les gérants d’écoles de surf découvrirent alors, qu’en lieu et place de la demande d’autorisation habituelle, en pleine crise du Covid, les mairies de Hossegor et de Seignosse leur imposaient en réalité une demande d’autorisation d’occupation temporaire : ce genre de procédure permet par exemple de construire une cabane sur le domaine public.

Or, la plupart des gérants d’école de surf ne font que passer sur la plage et le dépôt d’un sac à dos sur le sable ne constitue pas un usage privatif du domaine public à l’exclusion des autres usagers.

La lourdeur du dossier a également choqué les professionnels : pour travailler à plein temps deux mois de l’année essentiellement (juillet-août), on leur a demandé de constituer un dossier qui, pour être parfaitement rempli, nécessitait à minima un mois de travail, d’argumentation, constitution de projets, recherche de justificatifs, travail comptable, engagements écoresponsables, etc.

Dossier inspiré directement des appels d’offre pour un marché public, par exemple pour un chantier commandé par la mairie auprès de grosses entreprises du BTP ; à la différence près que dans le cas des écoles de surf, on ne leur demandait pas de suer sang et eau pour recevoir un financement de la mairie. Au contraire, on leur imposait sous la contrainte 1. une procédure sans rapport avec leur travail, 2.  de s’acquitter du paiement d’une taxe en échange de leur droit au travail en zone réglementée !

Est-ce parce que les écoles de surf, en travaillant deux mois de l’année, gagnent des salaires de milliardaires ? On se rappelle qu’à l’âge d’or des multinationales du surf, les mairies leur déroulaient le tapis rouge. Ces sociétés ne semblaient pas coupables d’empocher des millions en faisant de la spéculation, en fabriquant des produits de mauvaise qualité au Bangladesh pour finir en licenciements drastiques dès que le marché du textile commença à s’infléchir.

Alors que l’industrie de l’hôtellerie, de la restauration et du spectacle vivent une situation tragique, le secteur des activités de plein air parvient à traverser la crise du Covid sans trop de casse. Bien qu’étant impacté lui aussi par les restrictions, les mois d’arrêt pour causes d’interdiction de la pratique du surf, de limites de déplacement, de couvre-feu.

Au lieu de se réjouir que le secteur des écoles de surf résiste à la crise, au lieu de l’aider, de travailler conjointement, les mairies ont accablé ces entreprises avec des procédures administratives kafkaïennes, extrêmement lourdes et discriminatoires, et qui plus est illégales selon le rapport du cabinet juridique du SPS.

En plein mois de février 2021, nombre d’écoles de surf ont du renoncer à préparer leur saison pour remplir ce dossier, suspendu comme une épée de Damoclès au dessus de leur tête.

Il faut rappeler que gérer une école de surf ne consiste pas à surfer ou même simplement à l’action d’enseigner, il faut gérer la communication digitale, le marketing, l’entretien et le renouvellement du matériel, la prospection clientèle, la comptabilité et mille autres postes qui dans un secteur très concurrentiel vont conditionner la capacité d’une école à gagner sa vie.

Pendant ce temps, les écoles qui travaillent hors zone réglementée, parfois sans diplômes et sans agréments (de la part des mairies et de la DDCSPP), ont pu quant à elles occuper les espaces laissés vacants par les écoles implantées sur le territoire.

Rappelons également que l’enseignement du surf est une activité saisonnière et que de nombreux gérants d’écoles de surf ont un deuxième travail le reste de l’année, quand ils ne poursuivent pas des formations. Or ce dossier les a plongés dans une sinistre dépression, en les accablant d’une surcharge de travail injustifiée pour légitimer leur capacité à donner des cours de qualité sur une commune deux ou trois moins dans l’année. Alors qu’ils exercent ce métier pour certains depuis plus de vingt ans.

Retour des corvées médiévales et de la gabelle

Le plus drôle, alors que nombre de gérants d’écoles de surf font partie du tissu local et s’y investissent selon leurs inspirations et capacités, c’est que le dossier leur impose de mener à bien des projets à caractère social et bénévoles, de ceux qu’on attend d’une association qui vit des subsides publics mais moins d’une structure privée dont le but est tout de même de gagner de l’argent.

Belle célébration de la féodalité, de la part des mairies, que d’exiger des écoles de surf, comme condition au travail, qu’elles s’acquittent de corvées ou du paiement de taxes que seul l’État serait d’ailleurs en droit de créer. Quant à poursuivre des actions sociales ou de protection environnementales, les écoles de surf le font avec d’autant plus de plaisir que l’initiative ne leur est pas imposée de l’extérieur par un organe tutélaire et condescendant mais qu’elle émane de leur seule volonté.

Les mairies ont moins de courage lorsqu’il s’agit de réglementer des grosses entreprises telles que Monsanto, ou les promoteurs immobiliers qui bétonnent la rue des Marsouins de Capbreton, ils s’attendent là en effet à une certaine résistance.

Par contre, lorsqu’elles s’intéressent au business des écoles de surf, les mairies ont la vision de surfeurs désorganisés, individualistes, incapables de résister au chantage larvé que constitue localement toute demande auprès d’une municipalité, en les plaçant en dépendance vis-à-vis de ces mairies. C’est ainsi que lors de la dernière mandature, les écoles seignossaises s’étaient vues ponctionnées de 500 € par moniteur chaque année, sans contreparties. En échange de leurs autorisations. Près de 40.000 € ont ainsi été soustraits aux écoles de surf, on n’a jamais su véritablement vers quelle destination. Joli coup de racket, estampillé « mairie bananière».

Dans la profession, mise en difficultés, les mentalités sont en train de changer, les individus qui gèrent ces écoles de surf ont compris que pour se protéger de l’arbitraire, elles pouvaient s’abriter derrière des représentations interprofessionnelles telles que le SPS, avec tout le poids et le crédit que l’on attribue à un syndicat.

L’abolition de la parole

Si de telles pratiques, d’ingérence du représentant de l’État dans le vie privée des entreprises, ont pu se perpétuer, c’est bien parce que les individus qui composent ces écoles de surf ont peur de s’attirer le courroux du pouvoir local. En effet, comment critiquer ouvertement l’institution qui a le pouvoir de vous interdire de travailler ou de vous circonscrire à la marge des territoires, dans ce qu’on appelle les zones non réglementées.

D’un côté, une absence de parole contradictoire des professionnels sur les sujets qui les concernent. Car ils sont dépendants de leurs municipalités. Et qui, lorsqu’ils ont le courage de s’exprimer, ne sont pas entendus collectivement.

De l’autre, une parole institutionnelle déconnectée de la réalité du terrain, impuissante à régler les problématiques sociales : en effet, les mairies, les instances du tourisme, la Direction départementales de la cohésion sociale et des populations (DDCSPP) travaillent chacun de leur côté, se rencontrent lors de réunions de travail en prenant soin de surtout ne jamais remettre en question les actions des uns et des autres. Tout ces bureaucrates doivent parler le « gentil », ne pas faire de vagues, ne pas troubler la marche inexorable du train train administratif.

Ainsi, la faillite de la DDCSPP, faute de moyens humains, à protéger les écoles – en règle – de la concurrence déloyale des écoles de surf contrevenant aux règles établies (pour garantir la sécurité du public), se traduit par la décision du maire de Seignosse de financer un poste de beach marshall – dédié au contrôle des écoles de surf – en faisant endosser le paiement de ce poste par les écoles de surf implantées sur son territoire. Sorte de privatisation de la mission publique.

Précisons qu’aucune précision sur la mise en place de cette mission n’a été donnée aux dirigeants d’écoles de surf, qui leur eut permis d’évaluer ce poste, pour l’instant fictif : nouvel employé municipal dédié à cette mission de contrôle, rajout de cette attribution à un policier municipal déjà en poste, en plus de ses nombreuses autres attributions, qualifications de la personne en charge, jauge pour évaluer l’efficacité de son action sur le terrain ? Un bel exemple d’opacité qui rappelle le système qu’avait mis en place l’ancienne équipe municipale.

Les écoles incriminées par la concurrence déloyale des contrevenants aux règles se voient donc de surcroît gratifiées d’une sanction financière, comme si elles étaient coupables d’être à jour de leurs obligations légales !

Quelle instance publique viendra protéger ces écoles de surf de réglementations hors la loi, pondues par des municipalités ? Aucune. Comme souvent, pour les questions d’ordre social ou environnemental, les citoyens n’ont d’autre recours que de se tourner vers des associations ou des syndicats puis vers la justice. Triste constat.

Phénomène récent, le regroupement des écoles de surf indignées par cette injonction – candidature contre redevance – a fait front commun contre cette taxe, totalement injuste et illégale. Nous verrons comment la mairie de Seignosse, tendue vers son but, faire payer les gueux, a imaginé un nouveau biais pour justifier le paiement de cet impôt. En perpétuant la tradition qui consiste à ne surtout pas questionner la corporation sur ses besoins et ses attentes, à réglementer d’abord, discuter ensuite, mais pour la forme.

Rappelons que le nouveau maire, Mr Pécastaing, lors de la campagne électorale, avait laissé entendre qu’il ne perpétuerait pas ce système de taxe – droit d’accès au travail en zone réglementée – et a donc été élu par bon nombre de gérants d’écoles de surf sur de fausses promesses.

Ainsi, on observe l’abolition de la parole des acteurs du surf (absence de consultation) et l’abolition de la parole publique, au sens de la parole donnée. Alors que de belles choses eues pu s’accomplir dans la coopération plutôt que par la contrainte. Certains y verront une sorte de management à l’ancienne, peut-être pas moyenâgeux, mais quand même pas très progressiste.

Eco-Safe Surfing vient donc offrir une tribune aux sans voix qui composent toute une profession, pour décrire la réalité telle qu’elle est vécue par les gens qui travaillent sur le terrain, sans langue de bois, sans discours policés, sans hypocrisie.

Mairies bananières Part 1 : les gueux du surf

Il est loin le temps où le maire de Hossegor pouvait tenir des propos méprisants envers les surfeurs, imaginant un Hossegor peuplé de golfeurs roulant en Porche, symboles de tourisme de luxe et villas de grand standing.

Pas si loin le temps où certain personnel municipal de Capbreton affirmait que la station n’attirait pas spécialement les surfeurs mais plutôt les familles de plagistes et clients du Casino. Celui où le directeur du camping municipal déclarait en privé que proposer des cours de surf dans son camping ne l’intéressait pas, « parce que le camping a une clientèle de bidochons » qui préfèrent au surf le karting ou le minigolf.

En effet, études à l’appui, plus personne ne peut ignorer encore que le terroir surf constitué par Capbreton, Hossegor et Seignosse soit devenu une destination privilégiée pour les surfeurs, que ce soit en pratique libre ou encadrée.

Aussi, le discours de la puissance publique a l’égard des écoles de surf s’est policé, pouvant laisser entrevoir une reconnaissance de la profession, jusqu’alors peu considérée. Hélas, rien n’a changé, car l’homopoliticus n’a pas de problème à déclarer une chose pour, in fine, faire tout son contraire. Le sourire n’enlève rien à la violence sociale qui s’exerce alors.

Désormais, tout le monde a le mot « surf » à la bouche : les élus, les instances du tourisme régional et local, les institutionnels rassemblés par le GIP Littoral Aquitain et la Fédération Française de Surf, unique interlocuteur émanant du terrain, à l’exclusion de tout le reste de la stratosphère surf et de ses représentants.

Des tentatives de regroupement interprofessionnels pour permettre aux écoles de surf de s’exprimer, d’être écoutées sinon au moins entendues ont alors vu le jour mais ne se sont pas faites sans une certaine résistance : ainsi, le travail effectué par Eco-Safe Surfing, depuis 2017, en lien avec la DDCSPP et le GIP Littoral Aquitain dans le cadre de l’élaboration du plan Action Glisse, destiné à offrir un cadre à la régulation du nombre d’écoles de surf sur les communes, n’a reçu aucun remerciement, aucune reconnaissance officielle, pas une ligne ne vient souligner notre participation dans le processus d’élaboration de l’enquête métiers du surf et du Plan Action Glisse. Après tout, on ne nous avait rien demandé ! La puissance publique pouvait très bien décider du destin des gérants d’écoles de surf sans les questionner sur leurs besoins et problématiques. D’ici qu’en plus ils proposent des solutions !

Ainsi nous demeurons comme la tribu d’indigènes assis sur une ressource naturelle, objets de tous les discours mais jamais consultés. En ne nous accordant pas même une ligne, c’est comme si notre existence était effacée, reléguée au rang de la narration. Or, les écoles de surf sont les premiers promoteurs du surf sur le littoral, de même que, au côté des personnels sauveteurs, les garants de la sécurité des plages englobant les baigneurs. Elles constituent également un tissu socio-professionnel fragile car tributaire des saisons, des aléas climatiques, sanitaires avec le covid, et à présent esclaves de l’arbitraire des mairies dans la mise en place de réglementations élaborées sans les consulter.

On découvre ainsi dernièrement à la lecture d’un article de Sud-Ouest, dans lequel le maire de Hossegor est interviewé pour justifier la mise en place d’une nouvelle procédure de sélection des écoles autorisées sur la commune, que l’augmentation du nombre d’écoles de surf exponentielle sur le territoire doit être régulée. Fait incontestable. Cependant, Mr Vigneau déclare aussi que cette pression est consécutive de l’arrivée de nouveaux surf camps, écoles itinérantes et étrangères, faisant du même coup un amalgame absurde entre différents types de structures et une mauvaise publicité aux écoles de surf itinérantes.

Un autre article enfonce le clou dans les semaines suivantes, par la voix d’un représentant de la Fédération Française de Surf, en expliquant que cette augmentation du nombre d’écoles est due aux moniteurs de surf formés par la FFS et qui deviennent ensuite écoles de surf itinérantes (on notera l’ironie qui consiste à incriminer le ballon qui a cassé la vitre plutôt que la personne à l’origine du tir).

En outre, cette cabale est tout à fait injuste et mensongère puisque chaque année, les mairies de Hossegor et de Seignosse autorisent des écoles nouvellement crées, certaines sont certes des d’écoles itinérantes, d’autres ont fait l’acquisition d’un local commercial ou emporté l’appel d’offre leur permettant de louer une concession de plage, on remarque en outre que de nombreux tours operatos étrangers se voient dérouler le tapis roule sur la commune de Seignosse, en dépit du fait qu’ils soient immatriculés et paient leurs impôts à l’étranger et qu’ils perpétuent une longue tradition de cours de surf au rabais, avec des aides moniteurs n’ayant pas même l’agrément de la DDCSPP pour enseigner le surf. Aggravant ainsi les problématiques de sécurité et de concurrence déloyale vis-à-vis des éducateurs en règle, garants d’une qualité de l’enseignement.

C’est comme si les professionnels du surf, experts dans les domaines de la réglementation et de la sécurité du surf, n’avaient pas droit au chapitre ; on parle de nous dans les enquêtes, on publie des rapports mais dans les faits, en ne nous reconnaissant pas, on nous relègue au rang de sujets, que l’on administre comme un troupeau de moutons.

L’article sus-mentionné conclue d’ailleurs par une allusion à une taxe que devront payer les écoles de surf d’Hossegor, en raison du fait qu’elles profitent de la « manne » touristique. Pourtant, tout le littoral aquitain ne profite-t-il pas du tourisme ? La mairie elle-même ne vit-elle pas du tourisme ? Est-ce à dire que les écoles de surf sont moins légitimes que d’autres catégories socio-professionnelles de vivre du tourisme ? Sommes nous des gueux ? Les Ronins des plages ? Devrons-nous, comme les métayers de jadis, amener à la Noël au seigneur de la Mairie un jambon ?

Mais il nous est dit, à Hossegor comme à Seignosse où la même procédure est mise en place, que le Seigneur nous aime, qu’il fait ça pour notre bien. Qu’un beach marshall va veiller sur nous en contrôlant les écoles de surf, se substituant à la mission de l’État (DDCSPP), qui regarde tout cela sans réagir. A croire que tout le monde se moque du sort des gueux que nous sommes.

Or les injustices ont tendance à produire une résistance collective et les gérants d’écoles de surf ont entrepris un mouvement de regroupement que ces attaques sur la profession n’ont fait que renforcer.

Qui se matérialise par des groupes de discussion interprofessionnels sur chaque commune, également que par le réseau d’écoles de surf chartées Eco-Safe Surfing et ce mouvement trouve un prolongement dans l’action du Syndicat des Professionnels du Surf, le SPS, qui a été particulièrement actif sur ce dossier, en utilisant l’argument de la loi et de l’équité.

On attend toujours que le journal Sud-Ouest nous contacte, pour exprimer le point de vue de la profession. Nous saurons bientôt si ce journal se cantonne à un rôle de gazette municipale pro-institutionnels ou si l’expression de points de vue contradictoires fait partie de son éthique journalistique. Car seule la multiplicité des points de vue permet de mettre en lumière la vérité.

Rappelons que le racket institutionnalisé par la mairie de Seignosse sur ses écoles de surf, de 2015 à 2019, avait eu son petit compte rendu pro-mairie dans le journal Sud-Ouest et bénéficié ainsi de son coup de publicité mensongère.

Il est beau ce pays où les maires peuvent bénéficier d’une tribune gratuite pour s’exprimer sans que le correspondant de presse qui les interviewe n’aille vérifier la véracité et le bien-fondé de leurs propos. Et quelle importance si, in fine, cela entretient de la détresse sociale.

Reprise des écoles de surf en mode gestion sanitaire

Eco-Safe Surfing et le Syndicat des Professionnels du Surf ont donné la parole aux gérants d’écoles de surf pour dessiner l’après confinement. Le SPS a parachevé l’écriture d’un protocole de reprise de l’activité d’enseignement du surf dans un contexte de déconfinement, en s’appuyant sur les préconisations du ministère de la santé.

Cette charte propose des solutions afin de protéger de la contagion les encadrants, personnels et stagiaires surf. Elle n’a pas la prétention de se substituer aux recommandations officielles mais permet d’imaginer comment l’activité pourra se faire en prenant les précautions adaptées.

La première étape concerne le retour à la pratique individuelle libre du surf mais nécessite une ouverture des plages qui n’est pas encore acquise. Ces grands espaces se prêtent pourtant à la distanciation sociale.

Fragilisés économiquement, coupés de leur lieu d’exercice, l’espace océanique, les professionnels enseignants du surf n’envisagent pas une reprise d’activité à tout prix mais placent, au centre de leur réflexion, la santé de tous.

Lettre envoyée au Préfet de Nouvelle Aquitaine, le 28/04/2020, par le président du SPS, Michel Queyraud

Madame La Préfète,

C’est au titre du Syndicat des Professionnels du Surf, seul syndicat représentant les Écoles de surf et les Moniteurs titulaires du BE ou BPJEPS sur le territoire français, que je me permets de vous communiquer des propositions règlementaires, visées par des représentants du corps médical, en réponse à la reprise attendue de nos activités professionnelles.

Rassemblant des acteurs de terrain essentiels à l’économie touristique du littoral aquitain par le rôle d’interface du tourisme côtier avec le domaine maritime, y compris en matière de sécurité, notre syndicat se tient à votre disposition pour participer à la définition des règles entrant dans le cadre de la
réouverture des plages qu’implique l’État d’Urgence sanitaire en vigueur, lors du déconfinement à venir.

Notre activité relevant de la presta;on de services auprès de tout public, notre position se veut indépendante du monde sportif dont les instances fédérales du surf sont en charge. Nous situons cette démarche au titre d’une profession qui prépare le redémarrage de l’activité économique de ses TPE et de ses indépendants, dont l’année d’activité est d’ores et déjà compromise sur de nombreux plans.

Lors du colloque de présentation de la stratégie 2020 organisée par le CRT NA le 04/02/20 auquel nous étions invités, nous avons entendu que le surf serait utilisé comme principal argument de l’offre touristique de la Nouvelle-Aquitaine. Le calendrier d’actions défini par le CRT étant à ce jour plus que
compromis, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice afin que la reprise se déroule dans les meilleures conditions car il en va, non seulement de la vie de nos organisations et de l’emploi direct et indirect qu’elles génèrent, mais de la qualité d’accueil et d’offres faites aux vacanciers pour la saison estivale à venir.

Vous remerciant par avance de l’accueil que vous ferez à nos intentions, je vous prie de croire, Madame La Préfète, à l’expression de nos sentiments respectueux.

CHARTE D’ENGAGEMENT DES ÉCOLES DE SURF
saison 2020 – post déconfinement covid19

1) Accueil des stagiaires au sein de l’école

  • L’accueil de l’École de Surf se fait uniquement à l’extérieur du local avec mise à disposition d’un distributeur de gel hydroalcoolique. Un panneau d’information portant les recommandations en vigueur de l’ARS (gestes barrières, distanciation physique) doit être parfaitement visible. La personne en charge de l’accueil porte un masque règlementaire et rappelle systématiquement les instructions sanitaires en vigueur.
  • Une personne est accueillie à la fois pour les demandes de renseignements ou d’inscription. Respect de la distanciation entre les clients, avec marquage au sol recommandé.
  • Chaque transaction ne nécessitant pas de retours (dépôts de fiche d’inscription, chèques, chèques vacances) sont à déposer par le client dans une urne située sur le comptoir d’accueil.
  • Pour les paiements nécessitant un retour, la personne en charge de les réceptionner ou rendre la monnaie doit se laver ou se désinfecter les mains après chaque transaction. Privilégier les règlements par virement et
    cartes bancaires sans contact.
  • Il est demandé aux stagiaires de venir avec leur maillot de bain sur eux et si possible avec leur combinaison, équipé d’un masque selon la règlementation en vigueur, et avec un minimum d’affaires qu’ils doivent laisser dans leur sac personnel devant le local de l’école, sous surveillance. Les contenants éventuellement utilisés pour le stockage individuel sont désinfectés après chaque usage.
  • Une ou des cabines individuelles pour se changer à l’extérieur du magasin, peuvent être à disposition. Si tel est le cas, elle font l’objet d’une double désinfection après chaque usage.
  • L’accueil des écoles qui habituellement transportent les stagiaires par véhicule collectif ou minibus jusqu’à la plage, sauf à respecter les règles en vigueur au sein du véhicule utilisé (soit 1 place occupée sur 2, et port du masque obligatoire), doit se faire individuellement au pied de la plage où se déroulent les cours.

2) Déroulement des cours de surf

  • Les cours collectifs de surf sont délivrés pour 8 stagiaires au maximum, selon l’usage règlementaire de la pratique sur le territoire français.
  • En fonction de la nature du littoral (accès aux zones réglementées et non règlementées, placements des baïnes et des bancs de sable), les collectivités locales pourront réunir les professionnels autorisés à exercer sur leur zone règlementée, afin de trouver un accord sur le nombre optimal de créneaux à effectuer.
  • En fonction de l’état de la mer et de l’affichage par drapeau sur plage des services de sauvetage en mer de
    la commune, les prestations seront délivrées en évitant au maximum tout risque d’assistance directe du moniteur auprès des stagiaires ; les prestations ne sont pas délivrées si affichage du “drapeau rouge”.
  • Dans l’hypothèse où de nouvelles préconisations sanitaires seraient décrétées, celles-ci seraient immédiatement mises en œuvre.
  • L’accueil est réservé à une clientèle ne nécessitant pas d’assistance et de contacts physiques de la part du moniteur, comme les enfants trop jeunes ou le public à mobilité réduite.
  • Le temps d’enseignement peut être réduit de 2h00 à 1h30 (1h00 sur la plage et dans l’eau) en fonction du positionnement géographique de l’école (temps déplacement école-plage).
  • Respect de la distanciation physique entre les clients pour aller à la plage et au moment des explications et du briefing du moniteur diplômé BE1, BE2 ou BPJEPS ; ces certifications (ou diplôme) étant les seules dans le secteur du surf, à intégrer la formation PSE1 et légitimant la posture de prophylaxie des moniteurs.
  • Favoriser une pédagogie avec le moins de retours sur plage possible.
  • Les planches seront désinfectées après chaque utilisation, selon le principe de la double désinfection.
  • Après chaque utilisation, les stagiaires devront plonger leur combinaison néoprène dans un récipient
    contenant un désinfectant en respectant les conditions d’utilisations (dose, temps de trempage, rinçage), selon le principe de la double désinfection. Pour éviter une surcharge de travail au moniteur et en particulier concernant le port des charges, les clients seront invités à suivre l’opération de désinfection de bout en bout (trempage, rinçage, étendage).

La location de matériel doit être soumise aux mêmes règles d’hygiène et de distance.

 

Blabla sur le développement durable : la bureaucratie aux commandes

Définition du développement durable donnée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU appelée « Commission Brundtland » : « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Citation de Mme Gro Harlem Brundtland, alors Premier Ministre norvégien.

Le terme « développement durable » recèle une ambigüité qui en fait un concept fort malléable. En effet, les deux mots ne s’accordent pas facilement dans un modèle économique où le profit tend à écraser le vivant dans une politique de la terre brûlée : licenciements de masse, dégradation des écosystèmes, pour ne citer que deux exemples.

Aussi, le concept de développement durable vise non pas à remettre en question une course à la croissance mais à la tempérer en prenant garde de  préserver équilibre social et environnemental. A partir de là, on se doute que le curseur peut bouger d’un bord à l’autre. Dès lors, le développement durable  devient objet de toutes les récupérations. Si l’on reprend Orwell, on pourrait parler d’un mot vidé de son sens, capable d’exprimer son contraire. Le développement durable devient alors non plus un code de conduite mais un marqueur de qualité, utilisé comme argument marketing :

Aujourd’hui, tout le monde déclare, à coups de campagnes de communication, vouloir s’engager dans le développement durable : les politiques s’emparent du concept, de même que les conseils régionaux et départementaux, les comités touristiques, les fédérations, les entreprises et jusqu’à Monsanto qui prétend faire du développement durable.

Ici, je m’intéresserai aux relations qu’entretiennent les instances touristiques régionales et départementales avec les acteurs de cette économie sur le terrain, et plus particulièrement les professionnels du surf.

Un système pyramidal sourd et aveugle

Nous vivons à l’ère du libéralisme économique le plus sauvage et pourtant, paradoxe étrange, d’acteurs libres et entreprenants, source d’expertise et de proposition, nous sommes devenus des administrés muets, enchaînés aux directives d’en haut.

La réunion de la « Filière Surf », organisée par le Comité Régional du Tourisme le 04/02/2020 pose des objectifs et stratégies concernant le développement du tourisme « surf » en Aquitaine. Les membres du Syndicat des Professionnels du Surf, avec leur énergie toute neuve, étaient présents lors de cette réunion pour nous livrer leur sentiment. Le compte rendu officiel de la réunion, rédigé par le CRT, permet également de connaître les préconisations du comité.

A cette réunion étaient, comme toujours, sous-représentés les professionnels du surf ; seule la voix de Michel Queyraud, président du Syndicat des Professionnels du Surf (SPS), a pu faire valoir notre point de vue, en parfaite dissonance avec les stratégies fort peu durables du CRT. Sa voix a, je pense, été perçue comme un gravier dans les rouages de l’administration. Pourtant, ses remarques soulèvent effectivement quelques incohérences. Eco-Safe Surfing (association qui regroupe les gérants d’école de surf privées) exprime également un certain nombre de réserves.

Une base cantonnée au rôle d’administrés

Une stratégie sourde aux besoins des acteurs sur le terrain : en effet, qu’y a-t-il de durable à vouloir faire venir les Chinois, champions du tourisme de masse, sans engager dans le même temps une réflexion sur la gestion responsable de cette fréquentation et de son impact ? Le CRT veut prospecter des clients aux quatre coins du Globe et nous parle d’adapter notre qualité d’accueil à ces clientèles diverses. Mais dans une vision durable du tourisme, ne faut-il pas également adapter les flux touristiques aux territoires pour préserver la nature, l’identité culturelle, de même que les acteurs de cette économie locale ?

Rappelons-nous que jadis, les offices de tourisme, nourris de subventions publiques et donc de nos deniers, entretenaient avec les entrepreneurs locaux une relation de partenariat, de l’ordre de l’échange de bons procédés : en échange de subventions, chaque OT œuvrait à l’accueil des touristes en leur communiquant les offres des prestataires locaux. Avec la mise en place de nouveaux outils de communication, notamment sur le web, les services des OT sont progressivement devenus payants pour les acteurs locaux, faisant glisser les prestataires du statut de partenaires vers celui d’adhérents. On pourrait même dire, de clients, avec tous les risques que cela comporte. En effet, un client peut partir, décider de communiquer via des prestataires privés.

L’arme du CRT pour démontrer la capacité des territoires à fournir un accueil de qualité, dans l’enseignement du surf mais également dans l’hébergement, c’est la multiplication des labels, présentés comme des marqueurs de qualité.

Avec cette stratégie des labels, le partenaire glisse vers le statut de client. Le CRT ressemble de plus en plus à une entreprise à but lucratif, qui ferait le distinguo entre ses bons clients et des clients de seconde main. Labels utilisés comme outils de coercition, puisqu’ils permettent d’enchainer le client à un cycle de devoirs et d’obligations envers l’entité qui a émis le cadre réglementaire de ces labels. Le développement durable de la ressource humaine, la cohésion sociale, difficile à distinguer dans cette approche quelque peu rigoriste.

Cela est d’autant plus flagrant avec le dernier né des labels de qualité du Comité Départemental du Tourisme, la marque Surf House.

Deux petits surfcamps landais s’étaient tournés vers leur OT de proximité, pour deux raisons : la première, l’ouverture d’un complexe géant piloté par un grand groupe hôtelier, et qui en cassant les prix risquait de les avaler tous crus. Deuxième raison, les sufcamps français payaient des taxes de séjour prohibitives parce que les instances touristiques ne parvenaient pas à les faire entrer dans une catégorie d’hébergement.

Leur singularité, qui était aussi leur principal atout commercial, n’allait pas résister longtemps à la nécessité pour l’administration de tout réglementer, classifier, peut-être pour des raisons fiscales.

Comme solution, on leur proposa de s’associer au Conseil Départemental du Tourisme pour piloter la création du référentiel d’un label surfcamp, qui bien vite échappa à leur contrôle puisque l’un de ces deux surfcamps se vit refuser le label, à cause d’un détail minime (2 mètres carrés).

La bureaucratie s’était emparée du référentiel, avec des cases à remplir, parfois absurdes et contradictoires : ainsi, un surfcamp, à qui le référentiel demande un engagement éco-responsable, ne peut prétendre au label s’il ne possède pas de micro-ondes (les produits surgelés emballés dans du plastique sont pourtant ce que l’on peut faire de pire en terme de développement durable).

Les critiques de la base se perdent dans les arcannes de l’administration. Les gérants de ces surfcamps sont auditionnés par des « terrestres », pour ne pas dire le mot bureaucrate, qui viennent leur dire ce que c’est que d’être un surfeur, de véhiculer une image surf, avec tous les clichés et les raccourcis que cela peut occasionner.

En imposant cette politique des mille labels, ces comités du tourisme créent une stratégie dans laquelle la bureaucratie transforme les acteurs sur le terrain, non plus en professionnels responsables, mais en un troupeau servile, uniformisé, docile et consentant. En effet, celui qui ne réunit pas les conditions d’accès à ces labels se voit maintenu dans une sorte de purgatoire tandis que les élus au label sont mis en avant dans les supports de communication des CRT et CDT. Il faut se soumettre à la norme imposée par l’administration touristique, du haut de son olympe, sous peine d’être exclu.

Un tourisme « hors sol »

Rappelons que le tourisme n’est pas produit par les comités et offices de tourisme mais par les hommes et les femmes qui, sur le terrain, ont fait le pari de vivre, sur des périodes souvent très courtes, de l’accueil des vacanciers. Et qui par la force de leur travail contribuent au dynamisme et à l’attractivité de leur région.

Le CRT prétend améliorer la qualité de l’accueil à coups de labels, mais à aucun moment ne s’interroge sur un aspect pourtant primordial au maintien de cette qualité : les conditions dans lesquelles les professionnels du surf exercent leur activité sont-elles réunies pour garantir la bonne santé de ces entrepreneurs et salariés sur le terrain ? Les études commandées par la région au fil des décennies, jamais suivies d’actions sur le terrain, prouvent bien que les stratégies se perpétuent, inchangées, sans prendre en compte cette dimension humaine et sociale.

Dans les stations balnéaires côtières, les travailleurs saisonniers, souvent très jeunes, vivent un chemin de croix pour réussir à se loger. Une vision moyenâgeuse et condescendante continue d’entourer le travailleur saisonnier alors même que le CRT fanfaronne ses 30 millions de visiteurs étrangers par an.

Seules quelques municipalités proposent à ces saisonniers des solutions de logement tandis qu’ils continuent d’être traités, souvent, comme une manne corvéable à merci. « Ca va, vous êtes jeunes ». Or, comment changer les mentalités si l’administration ne prend pas en compte cette précarité, qui est pourtant factuelle, et dont on se doute bien qu’elle n’induit pas un accueil de qualité optimale.

Il en va de même des surveillants de baignade, garants de la sécurité des baigneurs sur nos côtes. Alors que les pompiers bénéficient d’un certain prestige, les surveillants de baignade sont bien mal considérés par les municipalités qui les emploient, avec de faibles perspectives d’évolution alors qu’il faut bien, à minima, quelques surveillants expérimentés pour former les jeunes recrues de l’été.

Quant à la filière enseignement du surf, elle est attaquée de toutes parts, sujette à réglementations tandis que s’exerce en toute impunité la concurrence déloyale des tours operator étrangers et des prestataires européens, alors qu’elle étouffe sous le poids du nombre, les lieux de pratique étant saturés par l’augmentation du nombre d’écoles et d’encadrants de surf. Bien que ces professionnels du surf soient les garants de la sécurité des plages (pendant et hors périodes de surveillance) et les témoins des atteintes environnementales, leurs remarques et préconisations ne sont pas suivies d’effet, elles ne sont tout simplement pas entendues.

Michel Queyraud, président du SPS, parle, à l’endroit du CRT, d’une « stratégie hors sol », complètement déconnectée de la réalité du terrain et de ses acteurs. Selon lui, la stratégie du CRT se résume ainsi  : « oui à une croissance quantitative, qui s’appuie paradoxalement sur les concepts de qualité d’accueil, de respect de l’environnement et de durabilité, mais exit la question du développement local et de la régulation de la pratique commerciale du surf ».

D’ailleurs, la réunion, pour enrichir une réflexion concrète sur la thématique du développement durable,  souffrait également de l’absence du Conservatoire Régional du Littoral ou de quelque autre organisme de protection environnementale. Tourisme éco-responsable et tourisme de masse sont difficilement conciliables, mais le CRT brandit des chiffres d’affluence comme on agiterait un trophée.

A l’issue de la réunion, le CRT a émis un document intitulé : RECOMMANDATIONS, Actions de promotion pour la valorisation de nos destinations, filières et grands acteurs touristiques. Ce plan d’action prend en réalité la forme d’une suite de tableaux proposant la participation tarifée à des salons, actions marketing et ateliers sur la thématique du développement touristique et l’on se rend compte qu’il s’adresse en effet à de « grands acteurs touristiques », que ce soient des collectivités ou bien des tours opérateurs. En effet, à 3.000 ou 19.000 € la participation, cela fait le tri.

L’occasion de rappeler que les initiatives les plus innovantes, originales et séduisantes ont tendance à être portées par des actions citoyennes issues du terrain, respectueuses de justice sociale et de la préservation des cadres de vie. Tel ce petit village anglais, sujet d’un article dans Libération et qui a déclaré la guerre au plastique.

Situés tout en bas de la chaîne de décision, les acteurs sur le terrain se sentent souvent infantilisés, on les étudie comme on étudierait de lointains papous et puis on les laisse mâchouiller, fébriles, leurs racines de manioc tandis qu’ils prennent de plein fouet les turbines de la mondialisation. Débrouillez-vous, on va commander une nouvelle étude.

Les initiatives écocitoyennes, les regroupements en autogestion, toutes ces formes d’organisation alternatives expriment un besoin de la base, comprendre ici les travailleurs et les entrepreneurs, de pouvoir agir dans l’espace démocratique autrement que par le vote. C’est tout le sens, je pense de l’action d’Eco-Safe Surfing et du SPS, de se regrouper pour être entendus par les institutionnels et que cela se concrétise par des actes. On pourra reparler alors, de développement durable.

Eric Lafargue, président de Eco-Safe Surfing

Guide régionale du surf

Ça y est, le guide régional du surf tant attendu est arrivé et nous pouvons remercier Élise Couturier, la chargée de mission de ce projet, de nous avoir intégrés dans la réflexion. Par nous, j’entends : les écoles de surf privées dont l’association Eco-Safe Surfing a voulu se faire le porte parole, afin que leur vision du terrain et problématiques soient connues du collectif d’institutionnels aux commandes.

Le temps est venu d’analyser ce guide de gestion des écoles de surf qui se présente ainsi :

Véritable outil pédagogique, le guide s’adresse en priorité aux collectivités littorales, mais peut aussi intéresser les professionnels associatifs et privés de la filière surf.

Financé par l’Etat, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Fédération Française de Surf

Nous saluons le travail accompli, le guide donne un cadre juridique pour protéger les municipalités qui réglementent l’activité surf mais aussi pour leur éviter de prendre des mesures contraires au droit, à la justice sociale et à la protection de l’environnement.

Données sur les éducateurs français mais aussi sur les diplômes de surf étrangers

Le guide reprend quelques données émises par l’enquête métier du Pôle Ressources National Sports de Nature et vient apporter des précisions sur les diplômes émis à l’étranger, qui se voient délivrer une LPS (libre prestation de service). Nous reviendrons sur ces données, pour certaines peu réalistes dans la pratique, afin de comprendre comment la DDCSPP gère la délivrance de ces LPS.

A noter cet éternel oubli : aucune information sur les ressortissants français formés sur le sol français à l’un de ces diplômes émis par des instances internationales tels que l’ISA, et qui selon la rumeur, devraient s’exiler à l’étranger faire un certain volume d’enseignement avant de pouvoir demander une LPS en France ? Tout cela est pour le moins opaque, à l’heur où les écoles françaises peinent à former des stagiaires ou à embaucher des éducateurs nationaux.

 Lacunes exprimées par les éducateurs français en formations

Le besoin en « Perfectionnement technique » apparaît assez rapidement dans la hiérarchie des besoins exprimés, comme l’avait souligné notre propre enquête auprès des professionnels, ce qui révèle bel et bien une stagnation dans la qualité et la diversité des formations proposées aux éducateurs surf.

Un guide d’organisation des évènements

De nombreux éléments réglementaires à consulter et à connaître. Également, à la page 18, une phrase qui ne laisse pas indifférent au vu de la réalité sur le terrain :

Dans le cas de pollution (notamment liée aux groupes électrogènes), les sédiments souillés devront être acheminés en déchetterie.

Nous pensons évidemment aux mairies de Hossegor et de Capbreton qui déversent sciemment sur la plage du Santocha des sédiments issus du lac, nous ne dirons pas contaminés, mais pour le moins souillés (métaux lourds, etc). Sans intention de les acheminer à la déchetterie puisque dans ce cas particulier, c’est la plage qui tient lieu de déchetterie. Action qui n’est pas ponctuelle mais quotidienne.

La même rigueur réglementaire s’abat de manière bien inégale selon que l’on est un particulier ou une collectivité. Il est regrettable que la connaissance des règles ne protège pas toujours les populations.

Aménagement et environnement

Le guide déconseille le recours à des engins motorisés pour gagner des plages hors zone réglementée. A Soustons, l’UCPA bénéficiait d’une autorisation de circuler sur la plage, délivrée par la mairie, afin de déposer le matériel de surf sur les lieux de pratique. Le guide n’a aucun pouvoir de contrainte sur les professionnels et sur les mairies mais chacun est libre de s’emparer de son contenu :

Le recours à la circulation motorisée ne peut être encouragé dans le cadre d’un développement durable de l’activité. Le recours aux vélos à assistance électrique peut constituer une alternative à encadrer et à prévoir dans le cadre de l’aménagement des plans plages.

Favoriser la mixité des usages / Renforcer le rôle et la mission du club de surf

Sous réserve que la vocation associative du Club soit clairement prédominante et que celui-ci ne soit pas perçu comme un concurrent des écoles au niveau local, il semble que son rôle pourrait être renforcé de par le projet pédagogique et social qu’il porte, son implication et son ancrage local, mais également sa connaissance du milieu marin.

Le GIP a bien pris note de nos inquiétudes quant aux agissements de certains élus, prêts à favoriser un club de surf devenu une machine de guerre commerciale détournée de sa vocation d’origine, prêts à le favoriser au détriment des entreprises privées ou des autres associations, en toute partialité, sans soucis de l’équilibre socio-économique du tissu local.

Le GIP suggère ainsi que le club de surf soit consulté par la mairie dans sa mission de réglementation, lorsque cela est pertinent, mais n’est pas favorable à une gestion des autorisations par les écoles de surf elles-mêmes.

Des préconisations assez vagues concernant le personnel chargé de sélectionner les écoles selon des critères pondérés :

Une commission d’analyse des candidatures par un comité indépendant devrait être mise en place.
Sa composition pourrait être étendue à un champ large de professionnels : sécurité (gendarmerie), surveillance (MNS), élus et techniciens, services sports…

Préconisation pour les loueurs

Les conseils et mises en garde données par les loueurs pourraient être couchées sur contrat afin de se couvrir au niveau de la responsabilité :

Les informations ainsi données pourront être complétées par la mise en place d’un document écrit signé par les clients, stipulant qu’ils ont bien pris connaissance des règles de pratique.

Les mairies doivent réglementer et réguler pour permettre un développement durable de l’activité

Il y a, je pense, dans cet intitulé le rappel d’un respect de la mixité des usages, mais aussi de respect de l’aspect environnemental comme social.

Une mesure de police doit être respectueuse des libertés de chacun et régulière, c’est-à-dire qu’elle doit prendre en compte le droit des usagers de pratiquer effectivement leur activité 18 ; et la liberté du commerce et de l’industrie et les règles de concurrence 19.

Dans le détail des attributions d’adjudications

Le guide préconise que lorsque les écoles sont soumises à la délivrance d’autorisations mais également de concessions, la même durée devrait s’appliquer, pour permettre à ces entreprises d’amortir leurs investissements notamment. Et ce point très important :

Aucune redevance ne pourra être perçue par la collectivité pour la délivrance de ces autorisations.

Les concessions de plage ne sont bien sûr pas gratuites, puisqu’il y a privatisation d’une portion de l’espace public pendant plusieurs mois.

Mais le guide n’encourage pas les mairies à émettre des taxes en échange d’autorisations. Il est dommage que les éléments juridiques ne soient pas ici divulgués, qui eussent permis aux écoles de se défendre contre ce genre de pratiques. On devine là que le guide a été conçu avant tout pour protéger la collectivité.

Modèle de tableau de sélection des écoles de surf

Dans le modèle proposé par le GIP, il y a dissociation entre autorisations et concessions.

En effet, les candidats pour l’acquisition d’une concession de plage, du fait de la délégation de la personne publique d’un pouvoir d’occupation mais aussi d’entretien d’une portion du littoral, ont des devoirs supplémentaires que n’ont pas les autres usagers de la plage, qui ne font que passer.

Ainsi, le GIP préconise l’acquisition de labels et la participation de la promotion du surf aux côtés des instances touristiques, comme gage de qualité. Chacun peut consulter ce tableau p54 pour en connaître les éléments de sélection proposés (justificatifs de diplômes, carte pro, assurances, secourisme à jour, etc).

Toutefois, pour tout ce qui concerne les actions à caractère bénévole, seules les écoles demandeuses de concessions de plage doivent présenter des projets à caractère social, citoyen et environnemental, d’information, de sensibilisation, de suivi de satisfaction, de développement, organisation de compétitions, etc. De même que des opérations de conservation et d’entretien de la plage … et le montant de la redevance.

Cours de surf pouvant être assimilés à une occupation temporaire du DPM (Domaine Public Maritime)

Il s’agit de toute école en exercice sur la plage. Les contrôles réalisés par la commune peuvent se faire via le personnel municipal. Toutefois, et cela va faire plaisir aux surveillants de baignade :

Ce n’est pas au chef de poste de contrôler ; celui-ci a davantage une mission liée à la surveillance et non au contrôle.

Le guide consacre toute une partie aux écoles itinérantes et vient affirmer que dans les faits la majorité des écoles ne sollicitent pas d’autorisation. Assertion douteuse au vu des nombreuses écoles itinérantes autorisées sur la côte landaise. On aimerait plus de précisions. Bien sûr, si l’on englobe les écoles de surf étrangères qui exercent hors zone, cette affirmation est sûrement avérée et peut être étendue à tous les autres aspects réglementaires de la pratique.

Les écoles itinérantes sont un peu présentées comme des petits filous qui se passent d’autorisation pour aller rajouter de la pression humaine et de la tension là où les écoles « normales » ont pignon sur rue.

Il y a comme un jugement de valeur concernant ces écoles itinérantes qui n’ont pas de locaux et qui sont pourtant celles qui laissent le moins d’empreinte sur le milieu naturel puisqu’elles n’utilisent pas de ressources en eau, ne construisent pas de paillotes sur la plage et ne font que passer le temps d’une mise à l’eau. Rappelons que le surf est un sport de nature.

Comme il est écrit au début du guide régional du surf et pour finir sur une note positive, il faut favoriser la mixité des usages !

Mieux comprendre les enjeux du surf avec la sociologie

Ludovic Falaix nous livre une série d’articles, rédigés par un collectif de chercheurs, qui décryptent les dynamiques mises en œuvre dans le surf : augmentation du nombre de pratiquants, marchandisation du surf, mise en tourisme, concurrence déloyale des moniteurs ISA (évoquée depuis fort longtemps par le SNEFS), rapports du surf aux institutions, système des sous-concessions de plage, accidentologie et responsabilités, autant de thématiques qui éclairent le quotidien des écoles de surf :

Dossier Surf – Juristourisme 177

A l’heure où le surf est l’objet de toutes les convoitises et récupérations, cela rassure de savoir que des observateurs externes, juristes et sociologues, se sont penchés sur ces problématiques et que leurs conclusions font écho à ce que les moniteurs et gérants d’écoles de surf constatent au quotidien, de manière empirique.

Surf Instructeur : BPJEPS versus ISA

Des tour operators étrangers sur le marché français du surf

Cela fait bien longtemps que le marché français des cours de surf est investi par des écoles de surf originaires d’autres nations européennes.

Ces écoles ont recours à des moniteurs de surf peu qualifiés au regard des standards français concernant l’encadrement des cours de surf. Elles échappent également à tout un arsenal de contrôles et d’autorisations qui pèsent sur les écoles de surf françaises. Et qui leur permettent d’exercer une concurrence déloyale sur le marché des cours de surf.

Le législateur justifiait sa tolérance envers ces surf camps en déclarant que ces derniers enseignaient à leurs ressortissants nationaux. En visitant les différents sites internet de ces surf camps, allemands, italiens ou espagnols, tous traduits en français et anglais, on se rend bien compte que ces entreprises ciblent une clientèle aussi bien française qu’internationale.

Le ministère des sports français a classé le surf comme « sport à environnement spécifique », c’est à dire que le milieu naturel dans lequel il s’exerce peut s’avérer dangereux et que pour enseigner le surf dans un tel environnement, un niveau de compétence élevé est exigé à travers le BPJEPS, successeur du BEES (Brevet d’Etat d’Educateur Sportif).

Ailleurs dans le monde, le surf est considéré comme un sport parmi tant d’autres, il n’est pas classé comme un sport à risques, et la Commission Européenne a donc approuvé le diplôme australien émis par l’International Surfing Association pour servir de référent en Europe. En vertu des équivalences de diplômes, un Allemand, un Italien ou un Lapon doté de l’ISA peut donc donner des cours de surf sur le sol français.

Véritables génies du marketing, ces surf camps allemands, hollandais, italiens, belges ou autres, qui embauchent des diplômés ISA, bien moins qualifiés que les moniteurs français, survendent le niveau de compétence de leurs instructeurs et ouvrent des sortes de franchises dans de nombreux pays, terres de surf. Moins payés car moins qualifiés, ces instructeurs ISA leur permettent d’être concurrentiels sur le marché français (qui exige des moniteurs français un diplôme d’État). On découvre d’ailleurs à côté de l’ISA d’autres diplômes de surf délivrés par des organismes néerlandais ou allemands tels que l’ASI (délivré par Ripstar qui a des surfcamps à Montalivet, Soulac, au Maroc, etc), un autre délivré par la fédération Surfing England pour 275 livres, etc. Le public étant ignorant du contenu réel de ces diplômes se fait d’autant plus abuser que le surf véhicule des images positives, de pureté, de sensations, de santé, de bien-être, de rencontres et de nature qui font oublier que derrière le sourire du prof se cache un entrepreneur rusé qui se joue des failles de la réglementation française et européenne.

Diplôme français Number One

Voici donc un petit comparatif illustrant  le coût mais surtout le temps de formation entre le BPJEPS et l’ISA :

  • ISA level 1 ou 2, organisé en France par la fédération autrichienne de surf : 889 €, 7 jours de formation (70h), 4 semaines de stage dans une école de surf accréditée par l’ISA (80h), le diplôme de secourisme First Aid de la fédération internationale de secourisme (30h). Total : 180 heures.

Comme pré-requis techniques démontrant la capacité à surfer des postulants instructeurs, une vidéo les mettant en scène en train de surfer des vagues faisant 1m50 de face.

  • BPJEPS formation courte : 4788 €, 4 mars au 10 octobre 2019, soit 5 mois, 399 heures.

BPJEPS formation longue : 7224 €, 4 février au 8 octobre 2019, soit 6 mois, 602 heures.

Comme pré-requis à l’entrée en formation : le diplôme de secourisme PSE1, une épreuve de performance en surf ainsi qu’une épreuve de natation (200m nage libre en 3’20 pour les garçons et 3’30 pour les filles). Suivis, si reçus, d’une épreuve écrite de 1h30 et d’un entretien oral. Inclus dans la formation, un stage de 2 mois dans une école de surf française, encadré par un moniteur BPJEPS.

L’ancêtre du BPJEPS, le BEES, exigeait également de posséder le BNSSA (diplôme que possèdent les surveillants de baignade) ainsi que le Tronc Commun (connaissances en biomécanique, physiologie, psycho-pédagogie, réglementation…)

Les moniteurs de surf français qui enseignent le surf en France sont tous dotés du BPJEPS (ou du BEES) et sans entrer dans le détail du contenu des formations respectives, on peut dire que les chiffres parlent d’eux-même. Leur niveau d’expertise au regard de la sécurité de la pratique et du contenu pédagogique est très au dessus de ce que proposent les écoles de surf internationales installées en France. A la lecture des discours grandiloquents sur l’excellence et le professionnalisme de leurs instructeurs, on peut d’ailleurs s’étonner qu’aucune de ces écoles étrangères n’embauche de moniteurs français. On comprend là que l’exigence de qualité s’efface devant le désir de rentabilité, un moniteur qualifié se payant bien sûr plus cher. Peut-on parler de néo-colonialisme lorsqu’on exerce une activité économique dans un pays en échappant aux contraintes réglementaires des nationaux ?

On regrette en tout cas que la commission européenne ait décidé de tirer le niveau de qualification vers le bas en reconnaissant l’ISA international, plutôt que le BPJEPS français, émis depuis le sol européen par le premier pays européen à avoir embrassé la pratique du surf. La fédération de surf allemande délivre d’ailleurs un diplôme sur le modèle du BPJEPS français (682 heures de formation), qui n’a pas non plus été retenu, le DWL Surfinstructor.

Dès lors, les écoles françaises et les surf camps non français se croisent sur les mêmes lieux de pratique, en faisant semblant de ne pas se voir.  Traités de manière inégale par le législateur,  au détriment de l’activité économique des uns et au bénéfice des autres,  un sentiment d’injustice légitime vient s’immiscer là où un échange constructif eut pu émerger entre les passionnés de surf issus de différentes nations.

Beaucoup de zones grises et de questions

Ainsi, cela amène quelques questions, à poser à la DRJS (Direction régionale jeunesse et sports) et à la DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) du lieu d’exercice de ces écoles de surf :

A l’instar des écoles et moniteurs de surf français, les détenteurs de diplômes ISA doivent logiquement faire une demande de carte professionnelle auprès du ministère de la jeunesse et des sports. Opérant souvent en zone non réglementée en limites communales, sont-ils contrôlés au même titre que les nationaux : obligation de carte professionnelle, de diplômes de secourisme mis à jour, de responsabilité civile, de moyens de secours (téléphone, trousse de secours, planche ou palmes pour porter assistance), de limite du nombre d’élèves (limite de 8 élèves par moniteur diplômé), de déclaration d’activité auprès de la mairie ?

Sinon, à quoi bon respecter les règles nationales si tout le reste de l’Europe les bafoue  pour s’en mettre plein les poches à moindre coût ?

Les surf camps étrangers sont-ils incités à régulariser leurs instructeurs, en faisant une demande de carte professionnelle ? Et de là, leurs employés instructeurs sont-ils dotés de cartes professionnelles dans les nombreux surf camps qui jalonnent le littoral français ?

Un test d’évaluation a déjà été mis en place par le passé, pour valider l’aptitude de ces instructeurs ISA à enseigner sur les plages françaises, considérées comme environnement spécifique par le législateur. Est-ce anecdotique ou bien ces tests ont-ils lieu chaque année ?

Il se dit que pour protéger le diplôme d’état français (BPJEPS), un ressortissant français qui passerait l’ISA, doit enseigner deux ans à l’étranger avant de pouvoir travailler en France avec son diplôme ISA (Carte pro délivrée alors par la DRJS). Si l’intention est louable, de protéger le diplôme le plus qualitatif, il apparait injuste qu’un Espagnol puisse travailler en France avec son ISA tandis qu’un Français devrait s’exiler deux ans pour pouvoir travailler chez lui !?

Quelques réponses

Mr Allaman, de la DRJS, que nous avions contacté sur cette thématique de la concurrence déloyale des écoles étrangères, nous oriente vers la DDCSPP qui pourrait peut-être nous dire si ces instructeurs venus de pays divers possèdent les autorisations requises pour enseigner et s’ils se sont soumis aux mêmes contraintes que les nationaux.

Il nous livre aussi quelques éléments à même de définir ce qui constitue un cas de concurrence déloyale au regard du droit français (les écoles privées se retrouvent confrontées à cette problématique lorsqu’une école étrangère exerce sans autorisation sur la même plage, ou lorsqu’une association à but non lucratif propose des stages de surf à prix cassés) :

  • Il faut prouver l’existence d’une faute (défaut de responsabilité civile, de carte professionnelle, de diplôme, de brevet de secourisme, de respect des normes réglementaires et de sécurité). Une faute peut prendre la forme d’un dénigrement (porter le discrédit sur quelqu’un. Exemple : « Surfer en club c’est mieux » laisse supposer que surfer dans une école privée serait moins bien) ; d’une confusion (introduire par exemple une confusion qualitative entre des diplômes), peu importe que ce soit intentionnel ou par négligence ; d’une désorganisation (par exemple, le détournement d’une commande ou d’un contrat, toute pratique frauduleuse pour obtenir des privilèges et passes-droit auprès des pouvoirs publics).
  • Le préjudice se caractérise par une perte de clientèle de la victime, il est souvent induit automatiquement par l’existence avérée d’une « faute » commise par un concurrent. De même que le lien de causalité.
  • Le parasitisme :  » le fait pour un tiers de vivre en parasite dans le sillage d’un autre en profitant des efforts qu’il a réalisés et de la réputation de son nom et de ses produits « .

Il faut ensuite saisir la juridiction compétente :  le tribunal de commerce, le Conseil des Prud’hommes ou les tribunaux civils.

Mr Bernadet, vice-président de la FFS, qui a également répondu à nos questions, nous oriente vers la direction de la concurrence et des fraudes qui émane de la DDCSPP.

Toutefois, les responsables de ces écoles françaises sont assez réticents le plus souvent à pratiquer la dénonciation car cela renvoie, consciemment ou non, à certains âges sombres de l’histoire européenne. Ces professionnels préfèrent se dire que le législateur met tout en œuvre pour que le principe d’égalité soit respecté au regard de la loi et des règlements. Ce n’est malheureusement pas le cas. Nous voici donc dans une impasse, aussi l’association se rapprochera-t-elle prochainement de la DDCSPP pour essayer d’obtenir de nouveaux éléments de réponse.

Sur une note positive

Pour conclure, je dirais que les moniteurs de surf français parlent généralement plusieurs langues étrangères et qu’ils seront ravis de partager leur connaissance des vagues françaises ainsi que leur art de vivre avec les visiteurs de toutes origines ! Le Français qui ne parle que sa langue maternelle est une espèce en voie de disparition, alors welcome !

Si voyager au milieu de ses concitoyens peut sembler rassurant, le véritable dépaysement culturel commence seulement lorsque l’on se mélange aux autochtones. Quoi de mieux alors que de prendre des cours de surf avec des éducateurs sportifs français lorsque l’on voyage en France !!

 

Compte rendu de l’entrevue avec la Fédération Française de Surf

Eco-Safe Surfing s’est donné pour mission d’informer ses adhérents et de leur donner une voix pour exprimer leurs problématiques et leurs besoins. Cela oblige l’association à un long travail de recherche qui l’amène à questionner les choix stratégiques des institutions. Cette démarche se veut constructive, il va sans dire que la FFS a un rôle prépondérant dans l’avenir du surf en France, dans des domaines très diversifiés.
Pour éviter toutes réactions viscérales qui pourraient entraver les échanges entre les différents acteurs, nous essayons autant que possible d’être critiques sans porter de jugements hâtifs. Nous souhaitons simplement progresser ensemble et réfléchir aux moyens d’améliorer les conditions de travail et de formation des gérants d’écoles de surf et éducateurs sportifs.
C’est dans cette optique que nous avions sollicité le 17 avril une entrevue avec le président de la Fédération Française de Surf, qui nous a donné satisfaction le 23 mai, en la personne de son vice-président Mr Bernadet, en nous recevant dans les bureaux de la FFS à Hossegor.
Mr Bernadet était très bien renseigné sur les orientations et projets de la Fédération Française de Surf, si bien que j’ai pu, en tant que président de Eco-Safe Surfing, lui poser un grand nombre de questions, après lui avoir brièvement présenté l’objet de notre association et sa raison d’être.
Voici les enseignements tirés de cet entretien, si des erreurs de se sont glissées dans ce compte rendu, je serai tout à fait disposé à les corriger ultérieurement. La réglementation est un animal complexe qui s’attache différemment aux uns et aux autres, les réponses données ont suscité bien sûr de nouvelles interrogations.

Premier sujet abordé, l’accès aux stagiaires

L’accès aux stagiaires dépend de la formation, qu’on a tendance à associer naturellement à la FFS. Or, l’organisme d’état pour la formation, m’expliquait Mr Bernadet, c’est le CREPS. Les cadres de la FFS qui s’occupent de la formation travaillent pour le CREPS.  Une manière de dire, nous travaillons pour l’État, nous ne sommes pas seuls décisionnaires. Bien conscients de cela, nous nous étions déjà rapprochés de la Direction de la Jeunesse et des Sports.

A la question des stagiaires, sur le principe, n’importe quelle école peut demander un stagiaire, mais sur le principe seulement :

  • A l’issue de la formation, se réunit une commission d’attribution des stagiaires pour valider ou non les écoles qu’ils ont choisies et qui doivent répondre à certains critères de qualité. Les écoles labellisées FFS sont d’emblée mises en avant, pour les autres écoles, la FFS est consultée et donne un avis. L’argument avancé, c’est qu’elle n’a pas les moyens de connaître la qualité des 70% d’écoles non labellisées tandis que les écoles labellisées leur sont connues puisqu’elles ont été auditionnées.

Tout compte fait, il semble donc que pour obtenir un stagiaire, il faille être une école labellisée ou alors, pour se faire connaître par la FFS, devenir formateur bénévole pour la FFS.
Passons sur le fait qu’être formateur ne signifie pas forcement « être un bon formateur », de même qu’il est illusoire de penser que toutes les écoles labellisées FFS, auditionnées tous les 3 ans, répondent à des standards de qualité supérieurs à ceux d’une école non labellisée FFS.
Selon Mr Bernadet, une école labellisée disposant d’un stagiaire une année, pourrait se voir retirer ce privilège l’année suivante : le vice-président déclare que  la FFS, lorsqu’elle fait passer l’examen final, peut alors juger si le stagiaire a été correctement formé ou bien utilisé en mode usine pour donner des cours à la chaine. Et qu’alors l’école peut se voir refuser son stagiaire l’année suivante. La question d’un manque de stagiaires par rapport aux nombre d’écoles labellisées et de leur distribution entre les unes et les autres de ces écoles n’a pas été développée.
Le pourcentage d’examinateurs issus des cadres de la FFS, de l’UCPA ou d’autres organismes ne nous est pas connu, qui eut pu apporter un éclairage intéressant sur ces propos et révéler l’influence prépondérante de tel ou tel de ces différents acteurs sur la formation. En effet, d’un point de vue extérieur, il est difficile d’appréhender clairement le rôle des uns et des autres pour avoir une vue d’ensemble du système.

  • Des stagiaires pour les grosses structures : la sélection par l’argent.

Les organismes d’état prennent de moins en moins en charge le coût de la formation, celle-ci retombe alors sur les employeurs, les grosses structures qui sont en capacité financière d’avancer le coût d’une formation au BPJEPS. En échange d’une promesse de stage et d’embauche dans leur entreprise.

Notons que le vice-président de la FFS déclare que l’uniformisation des types de structure sur un seul modèle n’est pas un gage de qualité et que la diversité est souhaitable. Pour autant, la FFS se désengage de ces problématiques qu’elle juge identiques à celles que l’on retrouve dans d’autres secteurs d’activité professionnels : le financement de la formation, la concurrence des diplômes ISA et autres spécificités du surf restent donc des problèmes sans solution.
Prochaine mission d’Eco-Safe Surfing : obtenir des renseignements concrets pour connaître les modalités de paiement de la formation d’un stagiaire et les garanties contractuelles permettant de financer un apprenti BPJEPS en ayant la certitude qu’il aura le droit d’effectuer son stage dans la dite-structure qui l’a sponsorisé.

La formation : en relation avec la difficulté croissante à trouver des moniteurs à l’embauche tandis que le nombre de créations d’écoles se multiplie

Les clubs, les association affiliées à la FFS, sont favorisés par la politique fédérale des formations, il suffit de regarder les formations existantes. L’argument avancé, c’est qu’il y a beaucoup de bénévoles dans les clubs et qu’il convient donc de les aider et de les favoriser par rapport aux privés.
Le fait que les clubs soient concurrents directs des écoles privées sur les mêmes lieux de pratique, en proposant des prestations commerciales, est une donnée qui n’a pas été évoquée lors de l’entretien. Pourtant, le fait de disposer de personnels gratuits ou peu rémunérés permet bien sûr d’exercer une concurrence déloyale.
Ainsi, en dehors du BPJEPS, les diplômes intermédiaires existants ne permettent pas d’embaucher un moniteur de niveau intermédiaire contre rémunération, afin par exemple d’embaucher un diplômé français plutôt qu’un ISA  : le BIF permet actuellement d’enseigner bénévolement dans un club affilié, un monitorat fédéral va également être mis en place, mais toujours sur la base du bénévolat. Ces diplômés ne pourront travailler que dans des structures fédérales.
Un diplôme intermédiaire pour les écoles privées, labellisées ou pas ? Impossible car le surf est un « sport à environnement spécifique », il n’est légalement pas possible de travailler contre rémunération autrement qu’avec un brevet d’état ou professionnel. Dans les autres pays européens, le surf n’est pas classé sport à environnement spécifique, ce qui ouvre une brèche qui permet au diplômé ISA d’enseigner en France à ses ressortissants, de ce que j’ai compris, bien que le diplôme soit peu qualifiant. Des directives européennes quelque peu inégalitaires dans la répartition des contraintes professionnelles.
Malgré les éclaircissement apportés, on ne comprend pas bien comment le BIF s’accommode de la contrainte du statut de sport à environnement spécifique. En quoi le fait d’enseigner bénévolement permet-il d’échapper à la problématique de la dangerosité de l’activité en milieu océanique quand un diplôme équivalent permettant de travailler contre rémunération serait interdit ?
Faire évoluer son niveau de formation quand on a le BE ou BP, pour l’instant impossible : en effet, tous les deux ans est organisée une formation d’entraineur, dont les places sont limitées, et les clubs sportifs tournés vers la compétition sont prioritaires sur les écoles privées ou les associations qui ne sont pas affiliées.
Pourquoi des moniteurs issus de structures commerciales ne pourraient-ils pas prétendre à former des sportifs de haut niveau, dans le cadre du calendrier des compétitions mais aussi dans celui, hors compétition, du développement personnel  ? Une plus grande équité dans le droit à la formation ne permettrait-elle pas de créer les conditions d’un échange productif entre secteur privé et associatif ?

Solution envisagée par la FFS face au manque de profs à l’embauche : le BPJEPS, et le coût de la formation, vont être allégés (4 modules) pour rendre le diplôme plus accessible aux jeunes en recherche d’un job d’été, avec comme objectif de former plus de monde

Actuellement, grosso modo, sur 300 candidats par an aux pré-requis techniques, 60 sont pris en formation. A la question, pourquoi le niveau d’exigence technique aux pré-requis a-t-il augmenté ? Parce que le niveau global des pratiquants s’est amélioré.
La solution avancée, sans précision temporelle, pour réduire le nombre de création d’écoles : le DEJEPS et DESJEPS, diplômes au dessus du BPJEPS qui apportent des compétences pour gérer des structures et organiser les ressources humaines dans une équipe technique, pourraient donner droit à ouvrir une école (les BE et BP déjà diplômés auraient l’équivalence). Le BPJEPS ne permettrait alors plus que de travailler contre rémunération.
Mais pour cela, il faudrait que l’État réglemente la profession, comme il le fait déjà avec les coiffeurs, les infirmier, les médecins. Mais peut-on se raccrocher à cet espoir, lointain et indéterminé ?
L’UCPA est un Centre de formation national, donc en gros, elle fait ce qu’elle veut de ses formés :  lorsqu’elle paye la formation d’un jeune, cela se fait en échange d’un engagement à travailler pour elle, à priori tacite, mais qui dissuade probablement beaucoup les stagiaires de candidater ailleurs. Cette dernière remarque est purement spéculative et n’engage que moi.
Il semble probable que l’UCPA et les grosses structures captent l’essentiel des stagiaires et des formés : être formateur, labellisé et en capacité de payer le coût des formations constitue un avantage sur les autres écoles, c’est indéniable.
La FFS se désengage par ailleurs de la problématique des adjudications de plages en disant que c’est le rôle des maires et que malheureusement le marché  allait probablement se réguler de lui même, au profit des plus gros.

Quelques infos sur le label FFS et sa politique de formation au niveau européen

Le label FFS : d’après les informations recueillies lors de notre entretien, les écoles qui se portent candidates au label sont auditionnées la première année. Tout type de structure peut se porter candidat (également une école qui ne serait pas munie de vestiaires et de certains équipement), les écoles font ensuite l’objet d’un audit tous les 3 ans (un cadre réserve et prend un cours dans la structure).
Par ailleurs, une école labellisée n’a pas le droit d’embaucher de ISA et ses employés doivent avoir la licence éducateur de la FFS.
La FFS essaie de protéger et de valoriser les diplômes nationaux : en vertu de la spécificité française du surf, sport à environnement spécifique, les ISA sont parfois rattrapés par la réglementation française lorsqu’ils doivent faire la preuve de leurs compétences en situation dans le milieu qu’ils ont choisi pour enseigner. Ainsi, je précise n’avoir pas d’information sur la date ou la fréquence de l’évènement, il est arrivé que la DRJS procède à un test de compétences sur lieu de pratique : 50 ISA, ayant demandé à la DRJS une carte PRO afin d’enseigner en France, ont été convoqués pour une mise en situation, à peine une dizaine d’entre eux se sont déplacés et deux seulement ont été reconnus aptes à enseigner en France et gratifiés d’une carte Pro.
La Fédération Allemande de Surf a créé des diplômes sur le modèle du BE français, d’un niveau donc bien supérieur à l’ISA. Le président de la FFS, Mr Arassus est également président de la Fédération de surf européenne et la FFS a pour projet de créer un diplôme de surf européen calqué sur les standards et critères de qualité français. Cela permettrait peut-être d’avoir une autre alternative à l’embauche que le choix d’un ISA formé sur une période trop courte pour constituer un gage de qualité.
Parmi les options d’évolution de la formation, évoquées en interne par les cadres de la FFS :  la possibilité d’une formation continue pour les BP, avec une révision tous les 5 ans sur le modèle des diplômes de secourisme. Cela néanmoins ne semble pas être à l’ordre du jour.

Vers une meilleure communication ?

Quand j’ai soulevé un manque de communication, source probable de malentendus entre la FFS et les écoles de surf, il m’a été dit qu’auparavant, la FFS organisait deux réunions par an mais que les écoles labellisées ne se déplaçant pas, l’organisation de ces réunions avait été abandonnée.
Quand j’ai soulevé le fait que 70% des écoles françaises non labellisées avaient du mal à trouver des informations, Mr Bernadet a déclaré que l’on pouvait aller se rendre sur le site de la FFS.
Pour se renseigner donc, deux options : se licencier pour recevoir la newsletter par mail, sinon aller à la pêche sur le site de la FFS.
Pour y avoir cherché des informations à plusieurs reprises, je peux dire avec certitude qu’on n’y trouve pas tout.
Mr Bernadet a proposé, si nous le souhaitions, que nous organisions une réunion pour que les adhérents de l’association aient la possibilité d’échanger avec la Fédération Française de Surf.
Il est facile d’accuser la fédération de tous les maux, tandis que la FFS juge parfois un peu désinvolte l’attitude des écoles privées, qui demandent tout sans jamais s’investir dans le système fédéral.
Néanmoins, je pense que chacun peut dépasser ces représentations pour réfléchir ensemble aux moyens de défendre la belle spécificité française de l’enseignement du surf.
Cette rencontre était, je l’espère, un premier pas dans cette direction.

Formation Surf, part 5 : l’associatif au cœur des tensions

Les écoles de surf ont des formes juridiques et des modes de fonctionnement très diversifiés. Certaines politiques peuvent donner le sentiment de favoriser les associations au détriment des structures privées. D’autres dispositifs réglementaires, de vouloir affaiblir les travailleurs indépendants. Eco-Safe Surfing a voulu prendre le contre-pied de toutes ces querelles lénifiantes en voulant représenter toutes les écoles de surf, clubs, privés, concessions de plage, écoles de dur, itinérants, multi-activités.

Néanmoins, ces écoles aux formes diverses sont concurrentes sur un même espace et force est de constater que les conditions d’accès à la plage et aux formations ne sont pas toujours très égalitaires. Pour dépasser les clivages, nous allons tenter de décortiquer certaines orientations structurelles.

La formation au service des uns

Certaines formations ne sont ouvertes qu’aux clubs, comprendre « association labellisée FFS participant au calendrier des compétitions », à l’exclusion donc des structures privées mais également des « clubs loisir ».

L’enquête DRJS 2008 préconise d’améliorer la communication à destination des clubs et écoles labellisées, qu’en est-il des autres écoles, pourtant majoritaires !? Le renforcement des dispositifs de formation vise également à professionnaliser les futurs salariés des structures… associatives affiliées à la FFS. Citation du rapport, « Former les moniteurs de surf sur le long terme », propositions émises :

« o La FFS développe un service d’appui aux clubs en termes de projet associatif (encadrement à l’année, projet pédagogique pour le scolaire et le périscolaire, projet fédéral, vie associative, etc.).

o La FFS met en place un système permettant de renforcer la formation des salariés des clubs. La professionnalisation des associations permet de renforcer et de légitimer le discours et les valeurs de la FFS (Lutter contre la déperdition du discours fédéral dans les écoles de surf, notamment dans les entreprises).

o Enfin, la FFS propose un système de formation à destination des dirigeants élus des associations. L’ambition est ici de « professionnaliser » (entendu ici comme rationaliser) les décisions administratives, de gestion, de recrutement, etc. au sein des clubs ».

Pourquoi pas, mais que propose-t-on aux autres types de structures en terme de formation et d’échange ?

L’adjudication au bénéfice des uns

Évoquons à présent les conditions d’adjudication : il s’agit de la réglementation mise en place par chaque mairie pour autoriser un nombre limité d’écoles à exercer sur ses plages. Le rapport DRJS 2008 préconise une mesure pour le moins inégalitaire :

« Une possibilité de rationalisation des procédures d’adjudication pourrait être la suivante :

1-les écoles commerciales candidatent en début de saison auprès des municipalités,

2-les écoles sélectionnées paient une taxe à la municipalité (au prorata de l’espace mis à disposition et du nombre de moniteurs prévus par exemple),

3-le montant des taxes obtenu sert à financer les associations locales pour développer à l’année le surf de compétition, le surf pour tous, les entrainements des surfeurs du club, etc ».

En effet, à l’image des écoles privées, la plupart des clubs proposent également une activité commerciale, en émettant des offres de type stages de surf à destination des vacanciers. La saisonnalité de l’activité, de même que des prestations peu différenciées font que la frontière entre l’action des clubs et celle des privés est finalement assez mince.

Le rapport de la DRJS reconnaît d’ailleurs cet état de fait :

« Alors qu’assez logiquement les écoles commerciales déclarent avoir une activité quasi exclusive en période estivale, il apparaît que de nombreux clubs labellisés opèrent des modes de fonctionnement similaires. Aussi, comme nous l’avions formulé ailleurs, « sous couvert d’un statut associatif, des écoles associatives se révèlent être de véritables entreprises à but lucratif pour les périodes estivales ». Autrement dit, le club n’est-il qu’un « prétexte » à l’emploi en période estivale ? Comment le discours fédéral ordinaire du sport en France est-il promulgué ? ».

Toutefois, cette proposition est nuancée puisqu’il s’agirait de reverser le produit de cette taxe aux clubs qui ne pratiquent pas d’activité commerciale concurrentielle. Entretient réalisé en 2009 par Christophe Guibert, dans le cadre d’une étude, Les effets de la saisonnalité touristique sur l’emploi des moniteurs de sports nautiques dans le département des Landes :

« Une piste proposée par le Président du Comité Départemental consiste à établir un forfait à l’égard des entreprises souhaitant offrir des cours de surf, lequel permettrait aux municipalités de subventionner les associations afin de pérenniser les emplois : On a commencé à y réfléchir ! C’est que les écoles privées paient une sorte de patente, qu’ils aient une plage l’été moyennant quoi cette patente serait reversée au club local. Auquel cas, le club, lui, arrête d’être commercial et d’être concurrentiel des écoles privées ».

Clubs et privés, des orientations communes

Les clubs sont déjà favorisés par des avantages financiers (subventions) et en nature (locaux gratuits, écoute bienveillante des pouvoirs publics), qui leur permettent d’exercer une concurrence pour le moins déloyale sur le terrain des stages de surf. Aussi, il serait proprement hallucinant d’aller taxer les entreprises privées pour aller alimenter les caisses des clubs qui les concurrencent !

Certes, tous les clubs ne vivent pas des stages de surf. Cependant, les associations ont le droit d’exercer une activité commerciale, sous certaines conditions, tel que le rappelle le rapport 2008 :

« Les associations peuvent tout à fait légalement exercer des activités commerciales.

Elles sont alors soumises au droit commun du code de commerce et ont en outre l’obligation spécifique, conformément à l’article L. 442-7 du Code du commerce, de mentionner dans leurs statuts, si tel est le cas, l’exercice habituel de leurs activités marchandes.

Au plan fiscal, les associations exerçant à titre habituel une activité lucrative sont assujetties aux impôts et taxes commerciaux (IS, taxe professionnelle, TVA), dans tous les cas où elles exercent leur activité sur un marché concurrentiel et où elles fonctionnent comme une entreprise purement commerciale. Seules les associations réservant leurs prestations à un public spécifique et exerçant une activité sociale sans but lucratif bénéficient d’un régime d’exonération fiscale.

Par ailleurs, si une entreprise commerciale estime être victime localement de concurrence déloyale de la part d’associations, elle peut engager une action contentieuse devant le juge civil sur la base des articles 1382 et 1383 du code civil. Il importe dans ce cas qu’elle puisse démontrer la réalité du dommage à son activité (baisse du chiffre d’affaires par exemple) et le lien de causalité entre l’activité de cette ou ces associations et la baisse du chiffre d’affaires en résultant pour son entreprise. Les services de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes peuvent intervenir dans les cas de publicité trompeuse, en application de l’article L. 121-1 du code de la consommation, ou d’infraction aux dispositions sur le démarchage à domicile (articles L. 121-21 et suivants du code de la consommation) ».

De la même manière que des clubs occupent le terrain des activités commerciales estivales, certaines écoles privées encadrent des jeunes à l’année ou encore forment des compétiteurs de haut niveau. Il semble alors vain de diaboliser les uns ou les autres, puisque tous poursuivent une même mission d’éducation par le sport.

Toutefois, il est indéniable que les associations bénéficient d’avantages économiques liés à leur statut juridique. Aussi, à l’heur où les pouvoirs publics parlent de développement durable et de  cohésion sociale, la réflexion sur la formation et la réglementation doit non pas viser à renforcer les uns au détriment des autres mais à préserver l’égalité de tous. L’espace plage est un espace de plus en plus saturé, il est important pour l’avenir de la profession de créer des conditions d’accès équitables et justes (formation, adjudications, réglementation) pour que tous puissent travailler harmonieusement.

Notre association souhaite en finir avec les guéguerres stériles, qui paralysent les écoles de surf, afin de trouver ensemble des solutions pour le bien commun de la profession.