Formation Surf, part 5 : l’associatif au cœur des tensions

Les écoles de surf ont des formes juridiques et des modes de fonctionnement très diversifiés. Certaines politiques peuvent donner le sentiment de favoriser les associations au détriment des structures privées. D’autres dispositifs réglementaires, de vouloir affaiblir les travailleurs indépendants. Eco-Safe Surfing a voulu prendre le contre-pied de toutes ces querelles lénifiantes en voulant représenter toutes les écoles de surf, clubs, privés, concessions de plage, écoles de dur, itinérants, multi-activités.

Néanmoins, ces écoles aux formes diverses sont concurrentes sur un même espace et force est de constater que les conditions d’accès à la plage et aux formations ne sont pas toujours très égalitaires. Pour dépasser les clivages, nous allons tenter de décortiquer certaines orientations structurelles.

La formation au service des uns

Certaines formations ne sont ouvertes qu’aux clubs, comprendre « association labellisée FFS participant au calendrier des compétitions », à l’exclusion donc des structures privées mais également des « clubs loisir ».

L’enquête DRJS 2008 préconise d’améliorer la communication à destination des clubs et écoles labellisées, qu’en est-il des autres écoles, pourtant majoritaires !? Le renforcement des dispositifs de formation vise également à professionnaliser les futurs salariés des structures… associatives affiliées à la FFS. Citation du rapport, « Former les moniteurs de surf sur le long terme », propositions émises :

« o La FFS développe un service d’appui aux clubs en termes de projet associatif (encadrement à l’année, projet pédagogique pour le scolaire et le périscolaire, projet fédéral, vie associative, etc.).

o La FFS met en place un système permettant de renforcer la formation des salariés des clubs. La professionnalisation des associations permet de renforcer et de légitimer le discours et les valeurs de la FFS (Lutter contre la déperdition du discours fédéral dans les écoles de surf, notamment dans les entreprises).

o Enfin, la FFS propose un système de formation à destination des dirigeants élus des associations. L’ambition est ici de « professionnaliser » (entendu ici comme rationaliser) les décisions administratives, de gestion, de recrutement, etc. au sein des clubs ».

Pourquoi pas, mais que propose-t-on aux autres types de structures en terme de formation et d’échange ?

L’adjudication au bénéfice des uns

Évoquons à présent les conditions d’adjudication : il s’agit de la réglementation mise en place par chaque mairie pour autoriser un nombre limité d’écoles à exercer sur ses plages. Le rapport DRJS 2008 préconise une mesure pour le moins inégalitaire :

« Une possibilité de rationalisation des procédures d’adjudication pourrait être la suivante :

1-les écoles commerciales candidatent en début de saison auprès des municipalités,

2-les écoles sélectionnées paient une taxe à la municipalité (au prorata de l’espace mis à disposition et du nombre de moniteurs prévus par exemple),

3-le montant des taxes obtenu sert à financer les associations locales pour développer à l’année le surf de compétition, le surf pour tous, les entrainements des surfeurs du club, etc ».

En effet, à l’image des écoles privées, la plupart des clubs proposent également une activité commerciale, en émettant des offres de type stages de surf à destination des vacanciers. La saisonnalité de l’activité, de même que des prestations peu différenciées font que la frontière entre l’action des clubs et celle des privés est finalement assez mince.

Le rapport de la DRJS reconnaît d’ailleurs cet état de fait :

« Alors qu’assez logiquement les écoles commerciales déclarent avoir une activité quasi exclusive en période estivale, il apparaît que de nombreux clubs labellisés opèrent des modes de fonctionnement similaires. Aussi, comme nous l’avions formulé ailleurs, « sous couvert d’un statut associatif, des écoles associatives se révèlent être de véritables entreprises à but lucratif pour les périodes estivales ». Autrement dit, le club n’est-il qu’un « prétexte » à l’emploi en période estivale ? Comment le discours fédéral ordinaire du sport en France est-il promulgué ? ».

Toutefois, cette proposition est nuancée puisqu’il s’agirait de reverser le produit de cette taxe aux clubs qui ne pratiquent pas d’activité commerciale concurrentielle. Entretient réalisé en 2009 par Christophe Guibert, dans le cadre d’une étude, Les effets de la saisonnalité touristique sur l’emploi des moniteurs de sports nautiques dans le département des Landes :

« Une piste proposée par le Président du Comité Départemental consiste à établir un forfait à l’égard des entreprises souhaitant offrir des cours de surf, lequel permettrait aux municipalités de subventionner les associations afin de pérenniser les emplois : On a commencé à y réfléchir ! C’est que les écoles privées paient une sorte de patente, qu’ils aient une plage l’été moyennant quoi cette patente serait reversée au club local. Auquel cas, le club, lui, arrête d’être commercial et d’être concurrentiel des écoles privées ».

Clubs et privés, des orientations communes

Les clubs sont déjà favorisés par des avantages financiers (subventions) et en nature (locaux gratuits, écoute bienveillante des pouvoirs publics), qui leur permettent d’exercer une concurrence pour le moins déloyale sur le terrain des stages de surf. Aussi, il serait proprement hallucinant d’aller taxer les entreprises privées pour aller alimenter les caisses des clubs qui les concurrencent !

Certes, tous les clubs ne vivent pas des stages de surf. Cependant, les associations ont le droit d’exercer une activité commerciale, sous certaines conditions, tel que le rappelle le rapport 2008 :

« Les associations peuvent tout à fait légalement exercer des activités commerciales.

Elles sont alors soumises au droit commun du code de commerce et ont en outre l’obligation spécifique, conformément à l’article L. 442-7 du Code du commerce, de mentionner dans leurs statuts, si tel est le cas, l’exercice habituel de leurs activités marchandes.

Au plan fiscal, les associations exerçant à titre habituel une activité lucrative sont assujetties aux impôts et taxes commerciaux (IS, taxe professionnelle, TVA), dans tous les cas où elles exercent leur activité sur un marché concurrentiel et où elles fonctionnent comme une entreprise purement commerciale. Seules les associations réservant leurs prestations à un public spécifique et exerçant une activité sociale sans but lucratif bénéficient d’un régime d’exonération fiscale.

Par ailleurs, si une entreprise commerciale estime être victime localement de concurrence déloyale de la part d’associations, elle peut engager une action contentieuse devant le juge civil sur la base des articles 1382 et 1383 du code civil. Il importe dans ce cas qu’elle puisse démontrer la réalité du dommage à son activité (baisse du chiffre d’affaires par exemple) et le lien de causalité entre l’activité de cette ou ces associations et la baisse du chiffre d’affaires en résultant pour son entreprise. Les services de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes peuvent intervenir dans les cas de publicité trompeuse, en application de l’article L. 121-1 du code de la consommation, ou d’infraction aux dispositions sur le démarchage à domicile (articles L. 121-21 et suivants du code de la consommation) ».

De la même manière que des clubs occupent le terrain des activités commerciales estivales, certaines écoles privées encadrent des jeunes à l’année ou encore forment des compétiteurs de haut niveau. Il semble alors vain de diaboliser les uns ou les autres, puisque tous poursuivent une même mission d’éducation par le sport.

Toutefois, il est indéniable que les associations bénéficient d’avantages économiques liés à leur statut juridique. Aussi, à l’heur où les pouvoirs publics parlent de développement durable et de  cohésion sociale, la réflexion sur la formation et la réglementation doit non pas viser à renforcer les uns au détriment des autres mais à préserver l’égalité de tous. L’espace plage est un espace de plus en plus saturé, il est important pour l’avenir de la profession de créer des conditions d’accès équitables et justes (formation, adjudications, réglementation) pour que tous puissent travailler harmonieusement.

Notre association souhaite en finir avec les guéguerres stériles, qui paralysent les écoles de surf, afin de trouver ensemble des solutions pour le bien commun de la profession.

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Lettre à la Fédération Française de Surf

L’action de l’association Eco-Safe Surfing s’inscrit dans une démarche pro-active, de discussion avec les instances publiques et fédérales, afin que les problématiques et besoins des professionnels enseignants et gérants d’écoles de surf soient entendus… et, tel est du moins notre espoir, prises en considération sous forme d’actions concrètes, en ce qui concerne la formation, la défense de notre liberté d’exercice et de nos métiers.

Voici la lettre, à ce jour sans réponse, que nous avons envoyée au président de la Fédération Française de Surf, en vue de créer les conditions de cet échange:

Bonjour Mr Arassus,

Je vous contacte en qualité de président de l’association Eco-Safe Surfing en vue de solliciter une entrevue avec vous, pour vous présenter notre démarche.

Tout d’abord, et pour dissiper tout malentendu, nous ne nous posons pas en concurrents de la FFS ou de son label, nous considérons que notre démarche est complémentaire.
Elle est par ailleurs ciblée puisqu’il s’agit de représenter les moniteurs et gérants d’écoles de surf dans leur diversité, qu’ils soient labellisés FFS ou pas, car tous expriment des inquiétudes face à l’avenir de leur profession et conditions d’exercice (conditions d’adjudication des mairies, émergence de nouvelles taxes, concurrence des ISA, besoins en formation, etc.). A travers notre association, ils trouvent de l’information et un moyen de participer aux débats publics qui les concernent directement. On parle de l’individualisme des surfeurs, nous pensons que nous avons plus en commun à défendre collectivement, qu’à garder jalousement chacun dans son coin.

Notre charte de qualité ressemble un peu à la charte tourisme durable des offices de tourisme du Seignanx, en ce sens qu’elle encourage chacun à s’améliorer et crée les conditions d’une réflexion et d’une évolution des mentalités. Elle est aussi un peu l’esprit de l’association, un outil pour faire avancer notre profession. Il existe d’ailleurs à ce jour plusieurs labels et chartes de qualité écoles de surf, chacune avec ses particularités. Nous encourageons nos adhérents à continuer à se labelliser auprès de la FFS dans la mesure où nous ne proposons pas de responsabilité civile et autres avantages que vous avez mis en place dans votre label.

Des choses intéressantes pour les gérants et moniteurs d’écoles de surf se passent actuellement puisque le GIP Littoral aquitain (plan action glisse) et la DRJS avec son enquête métiers du surf interrogent la profession. Nous aussi avons réalisé plusieurs enquêtes afin de faire remonter nos problématiques et nos besoins, notamment en ce qui concerne la formation, et émis des propositions.

Nous aimerions échanger avec vous, en particulier sur la formation, puisque certains besoins ont été exprimés. Notre point de vue est je l’espère constructif, il ne vise pas à critiquer la FFS ni à contester sa légitimité, mais à ouvrir le débat afin de préserver la qualité de l’enseignement et les conditions de vie des moniteurs et gérants d’écoles de surf. Nous avons souvent l’impression d’être isolés, utilisés comme actifs sans être pour autant consultés ou écoutés, je pense qu’établir un dialogue ne peut être que positif.

Merci pour votre écoute,

Cordialement,

Eric Lafargue, président de l’association Eco-Safe Surfing.

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Formation Surf, part 4 : no communication no future

Isolés comme des Papous !

Le rapport DRJS de 2008* suggérait qu’il était nécessaire de communiquer auprès des moniteurs de surf pour leur faire connaître le nouveau dispositif de formation, articulé autour du BPJEPS. En effet, le constat était alors celui d’un manque criant de connaissance de la part des professionnels enseignants :

 » Seules deux personnes interviewées connaissent en détail le contenu du nouveau dispositif de formation ainsi que les évolutions par rapport au BEES. Autrement dit, une nette majorité n’appréhende pas clairement les changements entre les deux diplômes ainsi que les logiques de suivi de formation (durée des parcours, coût, contenu des unités d’enseignement, etc.).

Certains croient par exemple pouvoir embaucher des stagiaires, d’autres non. Certains pensent que les stagiaires ne peuvent l’être que dans des structures associatives alors que d’autres pensent que le type de structure n’est pas un critère distinctif pour effectuer un stage. Si le fait de savoir qui précisément est dans le faux ou dans le vrai n’est pas important en soi, c’est plutôt le manque de connaissance à l’égard du BPJEPS qui est à noter. Aussi, soit l’information est peu disponible et sa diffusion est confidentielle, soit les responsables de structures ne vont pas « chercher l’information ». Toujours est-il que les employeurs, aux fins d’embauches futures, devraient être bien informés de l’offre de formation. »

Or, en 2018, soit exactement dix ans plus tard, rien n’a évolué, l’enquête Eco-Safe Surfing montre bien, dans ses réponses mais également dans ses questionnements, que le niveau d’ignorance des moniteurs de surf est maximal concernant la formation, son contenu et le système d’attribution des stagiaires.

Extrait du rapport 2008 : « Une plaquette standardisée (type dépliant A4 en trois volets) avec les spécificités de chaque diplôme (coût, durée, lieu de formation, métiers ou fonctions correspondants, VAE…) puis les passerelles existantes entre chacun d’eux serait utile à l’ensemble des responsables de structures pour qui la situation actuelle n’est pas toujours très claire mais aussi pour les surfeurs désireux de valider une formation diplômante.

Cet outil pourrait être diffusé à une large échelle, par exemple dans les ligues, les comités et les clubs de France, comme document annexe à ceux fournis lors de l’acquisition d’une licence, sur les lieux de compétition fédérale, etc. »

Le rapport DRJS 2008 proposait ainsi de diffuser des brochures dans les structures affiliées à la FFS. Selon le rapport Eco-Safe Surfing, les écoles labellisées FFS, en 2018, ne semblent pas mieux informées que les autres. Les seuls moniteurs à bien connaître le dispositif de formation sont ceux qui participent à la formation dans les centres.

« Un document récapitulatif de l’ensemble des diplômes fédéraux (BIF, BAF, BEF) et d’Etat (parcours long et court du BPJEPS, DE, DES) avec :

  • Les spécificités et les finalités de chacun d’entre eux.
  • Les passerelles possibles (en termes d’allègement de formation par exemple).
  • Les ouvertures professionnelles potentielles.
  • Un document type (dépliant ou feuille A4) sous forme de graphique ou de tableau aux fins de lisibilité et d’appropriation par tous (et diffusé massivement dans les structures) serait ici utile.

Enfin, les clubs doivent être mieux soutenus par la fédération, notamment en termes de communication d’après L. Caillet : la réalisation d’une plaquette explicite et claire de l’ensemble des formations (type, lieux, coût, durée, passerelles, etc.) doit être assurée ».

Rappelons que les moniteurs des 70% d’écoles non labellisées FFS ont eux aussi besoin de faire évoluer leur formation, de former et d’accéder à des personnels qualifiés et le terrible constat 2018, c’est qu’ils sont laissés dans le noir complet.

Le questionnaire Eco-Safe Surfing, une bouée à la mer

La démarche de notre association est évolutive. Poser les bonnes questions est malaisé lorsqu’il est même difficile d’obtenir des réponses simples, telles que : avec mon diplôme d’État, à quelles formations puis-je prétendre pour améliorer mon niveau de compétence ?

Aussi, la diffusion des informations sur le site ecosafesurfing.com, que nous collectons au cours de cette enquête, vise avant tout, non pas à porter des jugements, mais à obtenir des réponses pour sortir de notre ignorance. La diffusion de ces éléments sur le site amène d’ores et déjà des réponses individuelles de la part de moniteurs de surf qui nous contactent spontanément. Mises bout à bout, ces réponses permettent de mieux comprendre les dispositifs de formation et de mettre cette information à la disposition de tous.

Par notre démarche, nous espérons également toucher les organismes de formation pour créer un échange, afin d’obtenir des réponses cruciales pour l’avenir de chaque professionnel :

Quel est le contenu du BPJEPS ?

Quelle formation complémentaire après le BPJEPS ou le BEES ?

Être un club affilié dédié à la compétition ouvre-t-il plus de droits à la formation ?

Comment sortir de l’opacité qui entoure le système d’attribution des stagiaires ?

Où aller chercher l’information concernant les stagiaires ?

Prendre en charge la formation d’un stagiaire pour une petite structure, est-ce économiquement viable ?

Quelle alternative à l’embauche d’un ISA en terme de formation en France ?

* DRDJS Aquitaine – Le surf en France. Emplois-employabilité-formations – Rapport final, Mouvens / C.C – C.G / 2008 page 54/178

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Formation Surf, part 3 : Création versus Emploi

Le BPJEPS et l’inévitable aggravation du paradoxe français : le « babyschool boom »

Le rapport 2008 de la DRJS sur l’emploi surf propose comme solution, pour allonger la durée des contrats de travail, de former, dans le cadre du brevet professionnel, des gestionnaires de clubs ou de leur donner des compétences pour développer une structure commerciale:

« Un moniteur de surf doit donc être un véritable « agent de développement » de sa profession et de son sport s’il veut pouvoir élargir la période d’activité professionnelle et ne plus être titulaire de la saisonnalité touristique estivale ».

Or, les écoles de surf en place trouvent de plus en plus difficilement de moniteurs de surf à salarier, pour une raison très simple : ces derniers montent leur propre structure dès qu’ils sortent de formation. Alors qu’auparavant, un jeune éducateur surf travaillait quelques années dans une école de surf (pour parfaire son expérience), depuis une dizaine d’années, l’éducateur surf tout frais sorti de formation se met aussitôt à son compte.

On peut alors se demander si la stratégie préconisée par le rapport n’est pas contre productive : les visiteurs en hors saison ne sont pas assez nombreux pour alimenter un nombre croissant d’écoles, gérées par des moniteurs de surf qui sont de mieux en mieux formés aux outils de la création d’entreprise et du marketing. Les premières écoles historiques évoluaient dans un espace vierge de toute concurrence, il n’était alors pas nécessaire d’être un brillant commercial pour faire tourner son école, cet âge d’or est clairement révolu, il faut prendre en compte les limites d’un marché qui arrive à saturation.

Le coût et la durée de la formation au BPJEPS, qui ont augmenté par rapport à l’ancien Brevet d’Etat, sont également pointés comme facteurs d’accroissement du nombre de création d’écoles. Extrait du rapport 2008 : « Selon ce gérant d’une école des Landes, ça va en dissuader pas mal pour ce qu’il y a au bout… Hormis ceux qui veulent monter leur propre structure, je ne vois pas l’intérêt : il faut voir le retour sur investissement ».

Par ailleurs, seules les structures associatives peuvent embaucher un moniteur à l’année. Dans ce cadre-là, l’éducateur peut en effet avoir besoin de connaissances de gestionnaire pour faire vivre et développer le club à l’année. Malheureusement, les salaires peu attractifs n’empêchent pas cette hémorragie de profs : ces derniers finissent par changer d’orientation professionnelle ou créer leur propre école de surf. Le rapport 2008 pose ce constat : « Les niveaux de rémunération sont généralement plus élevés en entreprise que dans les associations. Les permanents des clubs sont moins rémunérés que les CDD qu’ils emploient. Le niveau de rémunération est dans ce cas inverse au niveau hiérarchique ». Les perspectives d’évolution professionnelle dans un club du fait des salaires, ou dans une structure commerciale, du fait de la saisonnalité des contrats, ne rendent pas l’embauche suffisamment stimulante.

Pourtant, tandis que toute une génération d’employés de l’industrie du surfwear a connu des salaires anormalement bas (sous prétexte de happy surfing way of life), les niveaux de salaire des éducateurs surf se sont toujours maintenus à un niveau relativement haut. Tendance que la pénurie de moniteurs n’a fait que renforcer. A titre d’exemple, certaines écoles, ne trouvant plus de BPJEPS, paient des ISA (diplôme moins qualifiant) au même niveau que des éducateurs sportifs.

Quelques pistes pour sortir de l’ornière : plus de formation !

Si la seule alternative au manque de moniteurs est pour les écoles françaises d’embaucher des professeurs venus d’autres pays, dotés d’un diplôme international peu qualifiant – l’ISA -, il n’est pas besoin d’être un génie pour conclure que le BPJEPS ne suffit plus à produire suffisamment de main d’œuvre à l’embauche saisonnière.

Pour autant, la haute qualification des métiers du sport en France est un gage de qualité et de préservation des salaires, il ne faut pas tuer le BPJEPS. Le rapport de 2008 ouvre quelques pistes pour enrichir la formation afin de pallier au manque de moniteurs :

Puisque le BPJEPS se divise en une formation courte et une longue, la première pourrait former les saisonniers, la deuxième les gérants et permanents de clubs. « A défaut d’évolution dans ce sens, l’instauration du DEJEPS ou DESJEPS est souhaitable à court terme ». Là encore, il s’agit de développer les compétences dans la gestion d’une structure sportive, ce qui ne résout pas le problème du manque de main d’œuvre sur la période estivale.

Le questionnaire Eco-Safe Surfing 2018 montre que les moniteurs de surf regrettent le BF2 car ce dernier permettait de disposer d’un aide-moniteur à former, placé sous la dépendance d’un diplômé d’État de surf. L’avantage de ce diplôme intermédiaire pour les écoles employeuses : le BF2 ne pouvait pas monter sa structure de surf car son diplôme ne le rendait pas autonome au regard de la réglementation. Le sport étant classé parmi les sports à risque, un brevet fédéral ne peut toutefois plus être mis en place.

Toutefois, un autre diplôme calqué sur le modèle de l’ancien BF2, de niveau intermédiaire entre le BPJEPS et l’ISA, serait le bienvenu pour offrir en haute saison aux écoles des personnels à l’embauche, non pas des concurrents mais des employés ou des partenaires. C’est ce que préconise le rapport 2008 de la DRJS :

« Un diplôme « adapté » de moniteur-animateur… serait formalisé à destination des moniteurs émettant le souhait d’être « saisonniers » et son usage destiné à la découverte et à l’initiation du surf en saison estivale…

Les cours seraient assurés uniquement auprès de débutants dans une logique pédagogique de découverte et d’initiation…

Le diplôme adapté : un CQP surf ?

Le titulaire du diplôme « adapté » assurerait ses enseignements sous la responsabilité administrative et pédagogique d’un diplômé d’Etat (BEES 1 et 2, BPJEPS, DEJEPS, DESJEPS)… ».

Mais le rapport évoque une limite à la mise en place d’un tel diplôme : « Un tel allègement nécessite donc de reconsidérer la question de l’enseignement contre rémunération en environnement spécifique ». Or, le diplôme ISA, peu qualifiant au regard des diplômes déjà existants sur le sol européen, permet de travailler contre rémunération sur le sol français ! Il y a là un imbroglio que les professionnels ne comprennent pas.  Si quelqu’un – moniteur/formateur, cadre de la FFS ou de la DRJS – peut nous renseigner, il sera plus que bienvenu !!

Il existe dans d’autres disciplines sportives toute une palette de diplômes intermédiaires, parmi lesquels le CQP, le contrat de qualification professionnelle qui permet d’enseigner contre rémunération. Ces solutions évoquées en 2008 n’ont, dix ans plus tard, débouché sur rien de concret. Espérons que les réflexions actuelles prendront en considération les problématiques émises par les gérants d’écoles de surf présentes sur le « terrain », pour leur donner les moyens de leurs objectifs sociaux- professionnels.

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Formation Surf, part 2 : Label et formation, un mariage douteux

La stratégie du bâton au service de la formation et du fédéralisme : vers plus de précarité

Le diagnostic de la filière glisse 2017, réalisé par le GIP Littoral Aquitaine, montre que 70% des écoles de surf en France ne prennent ou ne bénéficient pas du label école de surf de la Fédération Française. Soit par choix, soit parce qu’ils sont hors cadre d’attribution.

Or, tout semble organisé, à commencer par la formation et le système d’attribution des stagiaires, pour obliger les écoles de surf à se labelliser (selon des critères qui favorisent les grosses structures au détriment des petits indépendants). L’enquête de 2008 qui accompagne le BPJEPS naissant ne remet d’ailleurs pas en cause cette politique, au contraire elle l’encourage :

 » Un label qualitatif permettrait de renforcer les structures titulaires et aurait pour conséquence, au sein de ces structures, d’alimenter en partie la concentration de moniteurs tout en freinant le développement des entreprises individuelles « .

L’économie du surf ne se résume pas à un type de statut juridique ou de fonctionnement, les écoles de surf doivent être considérées dans leur diversité : il existe des clubs et des écoles privées, des structures en dur, des concessions de plage, des écoles itinérantes, des écoles pluridisciplinaires. Ces types de fonctionnement divers permettent tous de répondre aux attentes également variées de la clientèle surf : certains recherchent le confort d’un vestiaire, d’autres la mise en situation directe dans le milieu naturel, certains la proximité de l’école avec le lieu d’hébergement quand pour d’autres ce sera la découverte des différentes plages d’un secteur géographique en mode itinérant, etc. La diversité nous parle de qualité de l’offre et de cohésion sociale, veut-on standardiser l’enseignement du surf sur le modèle de la grande distribution ?

Le nouveau Label Ville française de surf, mis en place par la Fédération Française de Surf, vise encore à forcer la main aux écoles pour qu’elles prennent le label école française de surf : en effet, pour être éligibles, les mairies doivent avoir sur leur territoire une majorité d’écoles labellisées, ce qui n’est clairement pas la tendance nationale. Se faisant, la FFS influence directement les mairies désireuses d’acquérir ce label puisqu’elles auront tendance dans leurs critères d’adjudication à exiger des écoles candidates la possession du label école de la FFS.

Dès lors, on n’est clairement plus dans un rapport d’écoute et de dialogue mais plutôt de coercition et de manœuvres pour forcer les écoles de surf à prendre le label de la FFS, ce qui au final s’avère contre-productif : en effet, le questionnaire 2018 de Eco-Safe Surfing montre bien que les écoles labellisées elles-mêmes sont très critiques vis-à-vis de ce label et une majorité d’entre elles considère qu’une école labellisée n’est pas forcément plus qualitative qu’une qui ne l’est pas. Par ailleurs, des critères qui favorisent les clubs ou certains types d’écoles, selon des critères non pas pédagogiques mais d’infrastructure, un défaut de communication et de prise en compte des besoins de la profession font que la majorité des écoles échappe au giron fédéral.

Le rapport de 2008 donne quelques pistes pour revaloriser le label FFS :

« La labellisation fédérale doit permettre de mieux identifier les caractéristiques propres des structures associatives et des entreprises commerciales. L’aménagement du dispositif en plusieurs niveaux de label et/ou en distinction de différents labels assureraient le processus ».

De la même manière que le label n’intéresse qu’une fraction d’écoles, les licences ne touchent que les pratiquants en club ou les compétiteurs parce que l’écrasante majorité des pratiquants surfeurs ne se sentent pas visés par la politique fédérale. Dans la perception des surfeurs et gérants d’écoles de surf, la FFS s’est donné pour mission d’organiser la vie compétitive et la collecte de labels qui sont vécus comme des taxes.

Lorsqu’un BEES ou un BPJEPS veut continuer à se former pour acquérir de nouvelles compétences techniques, il ne peut s’inscrire à la formation du Brevet d’entraineur fédéral, même s’il enseigne dans le cadre d’un club, si les élèves ne participent pas aux compétitions fédérales. Or, les compétiteurs ne sont pas les seuls surfeurs en quête de performance et du meilleur entrainement possible. Dès lors, quel intérêt pour ce moniteur de se licencier auprès de la FFS s’il ne peut accéder à de nouvelles formations ?

La question que pose le questionnaire Eco-Safe Surfing 2018 est donc la suivante : la formation doit-elle encore favoriser les écoles et clubs labellisés FFS à l’exclusion des autres, sans tenir compte de la diversité des structures et des problématiques internes de l’ensemble de la profession ? Ces inquiétudes appellent certains éclaircissements qui, malheureusement, peinent à se frayer un chemin jusqu’aux professionnels et deviennent alors source d’incompréhension et d’immobilisme.

 

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Formation Surf, part 1 : une réalité corrompue par les clichés autour du surf

En 2008, la DRJS Aquitaine analysait plusieurs questionnaires réalisés sur un panel de gérants d’écoles de surf mais aussi de leur clientèle d’élèves surf, en vue de questionner le nouveau BPJEPS sur son adéquation avec les besoins et réalités du terrain. Ce rapport, qui rejoint notre démarche présente, permet de comprendre l’évolution ou la non-évolution des mentalités qui sont à l’œuvre dès que l’on s’intéresse aux moniteurs de surf.

Éducateur surf, un métier précaire ?

Le rapport de 2008 décrit l’activité « école de surf » comme une activité précaire, en raison essentiellement de son caractère saisonnier.
Il convient alors de s’interroger sur la pertinence de cette association d’idée entre précarité et saisonnalité, posée comme vérité intangible. En effet, le climat et le calendrier scolaire font de l’été la période où se concentre l’activité touristique.
Mais cela ne concerne pas uniquement les écoles de surf, toute l’activité économique de la côte aquitaine vit au ralenti l’hiver et les restaurateurs, les hébergeurs, les prestataires de service jouent presque tous leur chiffre d’affaire sur 2 à 7 mois entre avril et octobre (selon le secteur d’activité, la localisation, les orientations municipales).
Or, comme l’a démontré l’enquête de Julien Barnu et Amine Hamouche, Industrie du tourisme, Le mythe du laquais, un particularisme culturel français veut que les activités touristiques et plus généralement de services, soient jugées comme dévalorisantes et un peu honteuses.

Citons ici un extrait du rapport de 2008 :  « Les moniteurs en CDD se complaisent, pour certains (souvent les plus jeunes n’ayant pas « d’attache familiale »), dans cette situation professionnelle. La plupart signent d’autres CDD en hors saison (montagne, autre sport, restauration, bâtiment…) ». Certains partent l’hiver en voyage, lit-on plus loin !!! Dans quelle société archaïque vivons nous qu’il faille se conformer au modèle classique du choix d’un métier monorail, de la sortie des études jusqu’à la retraite, à rester sur un seul et même poste ? Les métiers saisonniers ne seraient-ils pas légitimes ?

Ce sont les institutions et la façon de penser le travail qui rendent ces choix de vie précaires. Sans CDI en France, il est en effet difficile d’obtenir un crédit dans une banque, louer un appartement peut s’avérer également compliqué et ces problématiques à des degrés divers se retrouvent à tous les échelons de la vie quotidienne. Beaucoup d’emplois saisonniers sont mal payés, car ces métiers sont peu valorisés, en opposition totale avec le poids économique de leur activité : en effet, le tourisme représente 7,1 % du PIB en 2016 et la destination France conserve le premier rang mondial en 2016, avec 82,6 millions d’arrivées de touristes internationaux. Le taux de départ en voyage des Français est de 70 % en 2016. Ils ont réalisé 194,8 millions de voyages pour des motifs personnels, dont près de neuf sur dix en France métropolitaine.

Nous n’allons pas changer les mentalités ou réformer la société mais il est bon de rappeler que certaines représentations sont biaisées : en vertu de leur diplôme d’état, les moniteurs de surf français sont bien payés et les gérants d’école de surf vivent à l’année de leur activité , pourtant saisonnière ! Le rapport de 2008 pose ce constat : « Les gérants d’entreprise qui emploient plusieurs moniteurs en CDD l’été vivent à l’année de leurs revenus. L’objectif de réduire la saisonnalité du métier de moniteur de surf n’est pas primordial pour eux ». (A nuancer : nous verrons plus loin qu’allonger la saison fait partie des objectifs de la plupart des gérants d’école de surf en 2018).

S’il y a précarité, elle est liée à des facteurs externes qui n’ont rien à voir avec la saisonnalité : toute activité liée au tourisme, et plus particulièrement les activités de nature, est tributaire des variations climatiques ou environnementales (marée noire, tempête, orage).
Mais à l’image d’autres secteurs, les aléas de la dérégulation du marché, la concurrence internationale, les variations dans la réglementation et dans les politiques de formation, les conditions d’adjudication et l’apparition de nouvelles taxes sont autant de facteurs qui n’ont rien à voir avec la saisonnalité de l’activité et qui sont susceptibles de dégrader durablement les salaires, la capacité à l’embauche, la résistance à la concurrence et la stabilité de la profession, en l’occurrence ici le secteur des écoles de surf.

Le crise du textile des grandes marques de surf n’a pas touché les écoles de surf, preuve de leur santé mais aussi d’une réorientation des réflexes d’achat des consommateurs vers de l’activité sportive, ici un engouement pour le surf qui n’a fait que croitre. Peut-on alors parler de précarité lorsqu’un secteur professionnel réussit à survoler les marées noires et les crises économiques ? Il est vrai toutefois que la survie économique des écoles de surf se joue essentiellement sur deux mois de l’année (juillet-août) et que cette limite temporelle indépassable constitue un frein au développement économique de ces entreprises. Il faut donc les accompagner dans leur développement, leur donner les moyens de leur réussite.

Éducateur surf, une profession étiquetée

Il y a de plus en plus de surfeurs et donc de surfeurs aguerris, toutes les catégories socioprofessionnelles sont représentées, il paraît de nos jours absurde d’enfermer le surfeur dans les vieux clichés remâchés : antisocial, non conformiste, individualiste, incapable de se fédérer, tournant le dos à tout ce qui est institutionnel.

Si cette tendance s’estompe quelque peu, force est de constater que les éducateurs de surf ont du mal à se faire entendre, à cause des représentations mentales qui restent attachées à l’image surf.

Le sondage réalisé en 2008 sur un panel de 396 clients contredit pourtant cette vision d’un sport en marge de la société : en effet, les pratiquants surf viennent prendre des cours de surf moins pour l’attrait de l’image surf (ensemble de codes et modes véhiculés dans la presse spécialisée et par les grandes marques de surfwear) 16%, que pour les sensations de glisse 72% et la découverte d’une nouvelle activité 22,50%. Ils sont par ailleurs satisfaits de la qualité de l’enseignement qui leur est donné.
Il en ressort que dans le cadre de l’école de surf, un rapport pédagogique classique d’élève à éducateur sportif s’instaure, basé sur l’attrait et la transmission d’une discipline sportive, en dehors de toute mystique surf.

Mais les représentations du surf sont si puissantes qu’une part de subjectivité vient déformer la grille de lecture comportementale qui est faite des moniteurs de surf : dans l’étude de 2008 sur l’emploi et la formation, les rédacteurs du rapport interprètent le peu d’entrain des acteurs de l’enseignement du surf à jouer le jeu de l’enquête, comparativement à des enquêtes menées dans d’autres secteurs sportifs, comme une manifestation de ces caractéristiques précitées.
Pour nuancer cette comparaison, sur des critères qui auraient trait à des schémas  de pensée distincts selon les sports, rappelons que le surf en tant que sport s’est structuré assez récemment (1953, création de la FFS à Biarritz ; 1919, création de la fédération française de rugby). Par ailleurs, le rapport pointe le comportement fédéral pour étayer cette thèse d’une « distance symbolique à l’institution » : « La position quelque peu dominée (s’entend par dominante, je pense), dans l’univers du surf, de la FFS atteste cette analyse. Le fait, également, que plusieurs membres de l’organisation de la fédération (membres du Comité directeur ou d’une Commission) soient plus ou moins directement destinataires du questionnaire et que ceux-ci n’aient pas assuré la passation renforce la critique ». Or, on peut légitimement penser que la dynamique fédérale et les rapports que la FFS entretient avec les institutions mais aussi avec les surfeurs, pratiquants ou éducateurs sportifs, influence le rapport que ces derniers peuvent développer à l’égard du cadre institutionnel sportif. Nous y reviendrons.

Au niveau institutionnel, sociologues et observateurs ont pointé le fait que les pouvoirs publics utilisaient la plupart du temps le surf comme un actif en terme d’image sans s’intéresser réellement aux pratiquants et aux acteurs de la dynamique liée au surf :

Extrait de la thèse Des vagues et des hommes, La glisse au cœur des résistances et contestations face à l’institutionnalisation des territoires du surf en Aquitaine, Ludovic Falaix, 2012.

Cette recherche ne prétend pas présenter de manière exhaustive les politiques publiques territorialisées ayant le surf comme support dans la mesure où elles relèvent de stratégies différenciées et s’articulent en fonction des représentations des élus locaux à l’encontre des populations de surfeurs.  » Les goûts personnels des maires à l’égard du surf et des surfeurs sont réfractés dans l’espace politique municipal  » (Guibert, 2006 :37).
Christophe Guibert précise même que « l’histoire du surf, aussi subjective et imposée soit elle dans les magazines et les discours marketing, ont des effets directs sur les représentations des élus des communes… Les stéréotypes issus de ces productions sont tous, plus ou moins, présents dans la définition des politiques municipales des communes du littoral aquitain  » (Guibert, 2006 :103). Ainsi, des élus se représenteraient les surfeurs comme « jeunes, indépendants et désorganisés », c’est-à-dire qu’ils tendraient vers une forme de « diabolisation » des surfeurs mais, ces mêmes élus souhaiteraient utiliser « le surf pour communiquer et définir une identification territoriales en faveur d’un développement touristique. Mais ce n’est pas n’importe quel « surf » qui est mobilisé puis valorisé » (Guibert, 2006 :143). Christophe Guibert constate alors que « les politiques municipales les plus dynamiques accompagnent non pas la pratique – « libre » ou associative – mais plutôt ce qui permet de rendre la commune médiatiquement visible en évitant tout lien avec les représentations qui sont associées aux surfeurs ordinaires » (Guibert, 2006 :144).

Changement des mentalités ?

Néanmoins, les récentes enquêtes réalisées, l’une par le GIP Littoral Aquitain, l’autre par la DRJS, tendent à montrer que le législateur interroge la profession et que les conditions d’une écoute et d’un dialogue peuvent être enfin réunies. Dans l’enquête de 2008, s’exprimait déjà le manque d’un organisme représentatif des écoles de surf (dans leur globalité) pour pouvoir faciliter les échanges avec la base. C’est dans cette optique que s’inscrit l’association Eco-Safe Surfing : créer un organisme représentatif de la profession, qui puisse faire office de passerelle entre les écoles de surf et les institutionnels, pour faire face ensemble aux enjeux de demain et préserver la santé de notre profession.

 

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Questionnaire formation des éducateurs de surf

Questionnaire Eco-Safe Surfing : besoins et vision des moniteurs responsables d’écoles de surf concernant la formation technique

Ce questionnaire a été rempli, entre janvier et mars 2018, par 10 moniteurs de surf du Sud des Landes (titulaires du BEES ou du BPJEPS), ce qui pour un sondage représente un tout petit panel. Toutefois, il fait écho à des propos que nous entendons fréquemment dans le milieu des moniteurs de surf et gérants d’écoles de surf. Si nous avions disposé de plus de temps, notre intime conviction est que nous aurions obtenu les mêmes résultats. Lorsque nous parlerons d’écoles labellisées, il s’agira du label École française de surf délivré par la FFS.

Il va sans dire que ce questionnaire interroge d’abord la formation émise par la France et non les dispositifs existant dans d’autres pays.

Notre ambition était de vérifier et de poser sur un document écrit ce qui n’était jusqu’alors exprimé qu’oralement.
Nous voulions ainsi donner la parole à une profession qui n’est que très rarement consultée sur ses besoins en formation technique, et sur ses problématiques internes en général.
Notre souhait, à l’heur où la région s’intéresse à cette profession, est que la formation évolue pour préserver le niveau de qualification et la santé des acteurs de ce secteur.

Voici le résultat de notre enquête et axes de réflexion qui en découlent :

1. Adhérez-vous au label Ecole Française de Surf de la FFS ?

60% des écoles interrogées prennent le label FFS, 40% ne prennent pas ou plus ce label.

2. Avez-vous besoin de stagiaires ? En bénéficiez-vous chaque année ?

Les écoles de surf recherchent un stagiaire à former puis à embaucher :

100% ont répondu OUI ou n’ont pas répondu, à la question du besoin en stagiaires.

100% répondent ne pas bénéficier de stagiaires pour la saison 2018 (parmi eux, 10% déclarent avoir eu un stagiaire par le passé).

Les écoles labellisées elles-mêmes, une de leurs motivations pour adhérer au label FFS étant d’obtenir un stagiaire, ne peuvent visiblement pas en avoir.

3. A votre connaissance, existe-t-il un dispositif de formation, en dehors du BPJEPS, qui permettrait à votre école de former un stagiaire ?

100% ont répondu NON.
Deux réponses sont nuancées par l’évocation de diplômes non français, l’ISA, ou du diplôme allemand d’enseignant surf.

4. Que pensez-vous du fait de devoir être une école labellisée FFS pour pouvoir bénéficier d’un stagiaire ?

A cette question, 20% des interrogés jugent que le label est une preuve de qualification et ne remettent pas en cause cet état de fait.

80% mettent en cause cette condition du label, décrite comme discriminatoire, source d’injustice et de clientélisme. Ils pensent qu’elle n’est pas un critère valable pour décider qu’une école de surf labellisée est plus à même de former un stagiaire, qu’une qui ne l’est pas.

Si cette question peut sembler évoquer une légende urbaine, il est pourtant admis dans la profession, pour diverses raisons que je vais énumérer, qu’il est impossible de bénéficier d’un stagiaire si l’on n’est pas labellisé :

* Issus principalement de centres de formation, émetteurs de label tels que la FFS ou partis prenantes dans le business des cours de surf tels l’UCPA, les stagiaires sont incités par leurs formateurs et futurs examinateurs à rechercher un stage dans une école labellisée.
* Les stagiaires doivent choisir une école qui corresponde aux critères d’une école labellisée FFS.
* Les stagiaires issus des formations d’entraîneur BIF ou fédéral ne peuvent travailler que dans des clubs labellisés et orientés vers la compétition.

Parmi ces 80%, les écoles labellisées FFS pointent d’autres difficultés qui rendent difficile aux écoles labellisées également l’accès aux stagiaires :

* Il n’y a pas suffisamment de stagiaires pour toutes les écoles labellisées.
* Les stagiaires obtiennent de plus en plus difficilement des financements, ces derniers retombent alors sur les épaules des écoles de surf qui doivent être en capacité financière d’avancer au stagiaire le coût de sa formation (cotisation à un organisme de formation). Seule la grosse structure peut alors se payer le luxe d’un stagiaire.

5. Pouvez-vous détailler quels organismes sont agréés par la DDCSPP (ou la Direction Jeunesse et Sports) pour dispenser des formations d’enseignement du surf ?

40% ont pu évoquer au moins un de ces trois centres de formation, FFS, l’UCPA et le CREPS ; 60% répondent par la négative. Il en ressort que les réponses sont majoritairement évasives sur ce sujet.

6. Quelles formations sont actuellement à votre connaissance dispensées par les organismes de formation ?

Hormis le BPJEPS, aucune autre formation n’a été évoquée dans 90% des cas.
Un brevet d’entrainement de haut niveau à destination des clubs de ligue a été évoqué une fois, de manière évasive.

7. Recevez-vous des informations quant aux formations dispensées par la FFS ou d’autres organismes agréés ? Quand et à quelle fréquence ?

90% de NON. 10% évoque de l’information sur le site et le facebook de la FFS.

8. La FFS vous a-t-elle déjà interrogés sur vos besoins en formation ?

NON à 100%

9. Depuis combien de temps travaillez-vous avec le BE et avez-vous passé de nouvelles formations ou modules de formation pour faire évoluer vos compétences techniques ?

Plus de 20 ans d’enseignement : 50%
10 à 15 ans d’enseignement : 30%
Moins de 5 ans d’enseignement : 20%

90% n’ont pas passé de nouvelles formations techniques. Les brevets de secourisme et le BF2 (parce qu’il n’existe plus) étant hors sujet.
10% évoque avoir bénéficié d’une formation Handi-Surf et d’une formation Surfriderfondation.

10. Selon vos besoins et désirs d’évolution professionnelle, la diversité des formations proposées est-elle satisfaisante ?

90% estime que NON.
10% déclare être bien informé sur la formation du BPJEPS, ce qui toutefois n’est pas évocateur de diversité.

11. En dehors du BPJEPS, les formations dispensées correspondent-elles à vos besoins ?

80% de NON.
10% sans réponse.
10% satisfait.

12. Pour améliorer vos compétences, quels seraient vos besoins en formation technique spécifique ? Précisez…

Une demande concernant le haut niveau, les outils d’analyse, la préparation physique, un renouvellement des données techniques, le croisement avec ce qui se fait dans d’autres pays.

13. Pour améliorer votre flexibilité à l’embauche et éviter que vos employés ne créent une école sur votre pas de porte, ne regrettez-vous pas le Brevet Fédéral 2ème degré ?

70% regrettent le BF2 ou l’absence de son remplacement par un diplôme équivalent.
30% répondent non à cette question car ils la comprennent comme une mise en cause de la libre concurrence.

Les répondants voient dans le BF2 un moyen de faciliter l’embauche tout en limitant la capacité de création d’entreprises concurrentes, c’est donc le fond et non la forme fédérale que prendrait ce diplôme qui les intéresse.

14. En tant que responsables d’école de surf, quel type de formation aimeriez-vous voir mise en place pour bénéficier de travailleurs saisonniers d’un niveau de compétence inférieur au BPJEPS mais tout de même correct?

Le BF2 (l’obligation de travailler en présence d’un BPJEPS, comme assistant BE) ou un diplôme de niveau inférieur au BPJEPS est évoqué (les écoles non labellisées veulent pouvoir elles aussi bénéficier de stagiaires et embaucher), un genre de brevet d’état allégé.
Seuls 20% des répondants rejettent les diplômes plus légers (français ou étrangers) en déclarant qu’ils sont moins qualifiants et créent une inégalité de traitement de la clientèle en terme de qualité et de sécurité de l’enseignement.

15. Que pensez-vous de l’ISA, diplôme européen, et du niveau de qualification de ce diplôme ?

80% de réponses négatives : injustice de traitement des ISA français (ne peuvent enseigner en France qu’après avoir travaillé dans un autre pays) et des ISA issus d’autres pays (qui peuvent enseigner en France dès la première année), diplôme au rabais, créations des conditions d’une concurrence déloyale envers les écoles nationales.
20% de réponses positives : facilité pour l’embauche, expériences positives.

16. Avez-vous déjà embauché un ISA ? Pourriez-vous embaucher un ISA et pourquoi ?

20% disent NON
10% disent OUI
70% disent un Oui par dépit, en nuançant par : « si je n’ai pas d’autre alternative, si je ne peux pas trouver de BE ».

17. Existe-t-il à votre connaissance un diplôme de niveau équivalent à l’ISA, délivré par les organismes de formation français, et qui vous permettrait d’embaucher un jeune français qui voudrait travailler comme initiateur surf ?

90% de NON
10%, réponse incertaine (évocation du BF2 qui n’existe plus)

18. Que pensez-vous du BPJEPS et de l’évolution du Brevet d’État vers cette formation professionnelle ?

50% n’ont pas d’avis (sans avoir expérimenté les deux dispositifs, il est difficile de porter un jugement tranché).
40% ont un avis négatif lié à l’allègement de la formation (disparition du Tronc Commun, du BNSSA), au manque d’évolution des contenus et à la diminution des moyens financiers.
10% ont un avis positif. On relève une augmentation de l’exigence concernant le niveau en surf des candidats.

19. Le BPJEPS selon vous est-il en adéquation avec les besoins du marché ? Besoin en nombre de moniteurs de surf ? Le BPJEPS et les organismes de formation prennent-ils en considération la problématique de la saturation du nombre d’écoles de surf sur certaines zones ?

60% pensent que ce diplôme n’est pas en adéquation avec les besoins du marché. Le paradoxe évoqué : chaque année, de nouvelles écoles de surf se créent alors que le marché sature et dans le même temps, il devient de plus en plus difficile de trouver des moniteurs de surf à embaucher.
70% pensent que cette double problématique n’est pas prise en compte par les organismes de formation.
20% ont un avis positif.
10% n’ont pas d’avis.

20. Quelles seraient vos idées pour améliorer les dispositifs existants et pour que la formation réponde à vos besoins mais tienne compte aussi de vos problématiques internes ? En vue d’améliorer la qualité de l’enseignement mais aussi les conditions dans lesquels cet enseignement peut être donné.

Réponses proposées : un brevet français entre l’ISA et le BF2 ; un minimum de 3 ans d’exercice avant qu’un jeune diplômé puisse créer son école de surf ; des modules techniques permettant de compléter le BEES ou BPJEPS de nouvelles compétences techniques spécialisées ; un système de formation continue pour permettre aux BEES de se former sans interrompre leur activité professionnelle ; une éducation aux nouvelles problématiques du marché (espaces saturés) auprès des jeunes en formation ; créer des équivalences européennes de diplômes avec des diplômes de niveau équivalent plutôt qu’avec le diplôme de la International Surfing Association, trop peu qualifiant.

21. En dehors de la technique d’activité, quelles compétences vous manquent qui pourraient être complétées par des formations spécifiques ?

La gestion du personnel. Comptabilité. Langues étrangères. Listing et prospection clients. Marketing. Maîtrise des outils numériques. Création et communication numérique. Maîtrise de certains logiciels (Xcel, Worpress, Indesign, photoshop). Montage video. Tourisme Durable. Etc.

Analyse :

Le BEES puis le BPJEPS ont permis à des générations de professionnels de valoriser un métier et de dépasser les clichés et blocages mentaux qui touchent au surf et plus généralement aux activités de service et/ou saisonnières (1). 50% des répondants à ce questionnaire exercent depuis plus de 20 ans, on ne peut donc pas décrire leur métier comme un « job d’été », entendons par là, une activité précaire exercée à court terme en attendant de trouver un « métier stable et honorable ».

Ce questionnaire aurait mérité d’être diffusé sur une plus longue période mais nous avons souhaité le transmettre à de la DRJS à un moment où elle interroge le métier de moniteur de surf (enquête métier qui a été menée auprès de toutes les écoles françaises en 2017). Il n’en reste pas moins que cela a permis à la profession de s’exprimer avec ses mots pour établir un dialogue qui n’a que rarement lieu.

Ce qui ressort avec une grande netteté de ce questionnaire, c’est que de leur vivant, certains moniteurs de surf n’ont jamais été interrogés sur leur métier, leurs besoins, leurs problématiques.
L’organisme qui est le plus proche des surfeurs, la FFS, est perçue principalement comme un organisme collecteur de labels et organisateur de compétitions. Un organisme qui serait  déconnecté des pratiquants, surfeurs et professionnels, de leurs besoins et problématiques, pour preuve le manque flagrant d’échange et de dialogue que révèle le questionnaire.

Par ailleurs, les enquêtes et les décisions portent fréquemment sur les écoles labellisées seulement ; de même que la FFS met sa politique de labellisation au centre de son action de formation (2).
Or, 70% des écoles françaises ne sont pas labellisées FFS. Pourtant, issues des mêmes centres de formation, elles devraient légitimement avoir les mêmes droits d’accès à la formation, aux stagiaires et à l’embauche que la minorité d’écoles labellisées.

Aux questions – êtes-vous informés, interrogés, écoutés sur vos besoins en formations et problématiques professionnelles – , la réponse est unanimement NON. Si l’on interroge les moniteurs de surf sur les formations qui existent, ils ont des difficultés à répondre. Cette vacuité exprime elle aussi un manque de communication, d’information, et peut-être de formations, mais aussi un malaise et une impuissance face aux enjeux de demain.

La richesse des formations proposées déterminera le futur de toute une profession avec deux options :

  1. Nivellement par le bas et précarisation, en faisant de l’ISA le modèle de base ? : de nombreux moniteurs font de leur activité professionnelle un métier, une carrière, en continuant d’enseigner ou en devenant gérants d’une structure école, souvent les deux. Quel avenir pour eux ?
  2. Préservation et amélioration du niveau de qualification des moniteurs français à travers la formation ? : pour empêcher la requalification de cette profession en « job d’été » (1), maintenir le niveau des salaires et la qualité de l’enseignement. Diversification des formations pour bénéficier d’animateurs qualifiés à opposer aux travailleurs ISA.

A l’heure où les JO de surf accaparent toutes les attentions, nous espérons que les acteurs du surf ne seront pas seulement utilisés comme un actif en terme d’image mais valorisés et protégés en tant que profession (3).

En permettant au surf d’être enseigné sous la forme d’un brevet d’état, la DRJS et la FFS ont créé un outil extraordinaire pour guider des générations entières vers une connaissance accrue de l’océan et de ses dangers, une qualification à haut degré d’exigence concernant la sécurité et la connaissance des dispositifs réglementaires.
Ce diplôme mériterait d’être mis en avant au niveau européen, il est quand même surprenant que ce soit un diplôme issu d’une association internationale hors sol européen, moins qualifiante, qui ait été retenue par les instances européennes. Doit-on y voir un lien avec la volonté politique qui a conduit à faire entrer le surf aux JO par le biais de l’ISA ?

La profession exprime un besoin en contenu technique renouvelé concernant le BPJEPS (modules complémentaires) et le désir de diplômes intermédiaires pour faciliter l’embauche d’aides à l’encadrement et l’acquisition de stagiaires pour tous les types de structures (labellisées ou non, petits indépendants et grosses structures, écoles privées et clubs) (2).

De nombreux dangers menacent la profession (saturation du marché, concurrence déloyale des ISA, difficultés d’embauche et de formation de stagiaires), l’association Eco-Safe Surfing s’est donnée pour mission de permettre aux moniteurs de surf de participer aux débats publics qui les concernent, en vue d’améliorer et de préserver leurs conditions de travail et leur exigence de qualité.

Nous saluons l’initiative de la DRJS à travers son enquête sur le métier de moniteur de surf, questionnaire dont nous sommes impatients de découvrir le compte rendu, afin d’enrichir notre réflexion.

(1) Voir l’enquête de Julien Barnu et Amine Hamouche, Industrie du tourisme, Le mythe du laquais, dont on peut lire ici un condensé :

Tourisme : le coûteux mépris français

(2) Le surf en France. Emploi-Employabilité-Formation. Rapport final d’étude. DRDJS Aquitaine. Décembre 2008.

 

 

 

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