Formation Surf, part 2 : Label et formation, un mariage douteux

La stratégie du bâton au service de la formation et du fédéralisme : vers plus de précarité

Le diagnostic de la filière glisse 2017, réalisé par le GIP Littoral Aquitaine, montre que 70% des écoles de surf en France ne prennent ou ne bénéficient pas du label école de surf de la Fédération Française. Soit par choix, soit parce qu’ils sont hors cadre d’attribution.

Or, tout semble organisé, à commencer par la formation et le système d’attribution des stagiaires, pour obliger les écoles de surf à se labelliser (selon des critères qui favorisent les grosses structures au détriment des petits indépendants). L’enquête de 2008 qui accompagne le BPJEPS naissant ne remet d’ailleurs pas en cause cette politique, au contraire elle l’encourage :

 » Un label qualitatif permettrait de renforcer les structures titulaires et aurait pour conséquence, au sein de ces structures, d’alimenter en partie la concentration de moniteurs tout en freinant le développement des entreprises individuelles « .

L’économie du surf ne se résume pas à un type de statut juridique ou de fonctionnement, les écoles de surf doivent être considérées dans leur diversité : il existe des clubs et des écoles privées, des structures en dur, des concessions de plage, des écoles itinérantes, des écoles pluridisciplinaires. Ces types de fonctionnement divers permettent tous de répondre aux attentes également variées de la clientèle surf : certains recherchent le confort d’un vestiaire, d’autres la mise en situation directe dans le milieu naturel, certains la proximité de l’école avec le lieu d’hébergement quand pour d’autres ce sera la découverte des différentes plages d’un secteur géographique en mode itinérant, etc. La diversité nous parle de qualité de l’offre et de cohésion sociale, veut-on standardiser l’enseignement du surf sur le modèle de la grande distribution ?

Le nouveau Label Ville française de surf, mis en place par la Fédération Française de Surf, vise encore à forcer la main aux écoles pour qu’elles prennent le label école française de surf : en effet, pour être éligibles, les mairies doivent avoir sur leur territoire une majorité d’écoles labellisées, ce qui n’est clairement pas la tendance nationale. Se faisant, la FFS influence directement les mairies désireuses d’acquérir ce label puisqu’elles auront tendance dans leurs critères d’adjudication à exiger des écoles candidates la possession du label école de la FFS.

Dès lors, on n’est clairement plus dans un rapport d’écoute et de dialogue mais plutôt de coercition et de manœuvres pour forcer les écoles de surf à prendre le label de la FFS, ce qui au final s’avère contre-productif : en effet, le questionnaire 2018 de Eco-Safe Surfing montre bien que les écoles labellisées elles-mêmes sont très critiques vis-à-vis de ce label et une majorité d’entre elles considère qu’une école labellisée n’est pas forcément plus qualitative qu’une qui ne l’est pas. Par ailleurs, des critères qui favorisent les clubs ou certains types d’écoles, selon des critères non pas pédagogiques mais d’infrastructure, un défaut de communication et de prise en compte des besoins de la profession font que la majorité des écoles échappe au giron fédéral.

Le rapport de 2008 donne quelques pistes pour revaloriser le label FFS :

« La labellisation fédérale doit permettre de mieux identifier les caractéristiques propres des structures associatives et des entreprises commerciales. L’aménagement du dispositif en plusieurs niveaux de label et/ou en distinction de différents labels assureraient le processus ».

De la même manière que le label n’intéresse qu’une fraction d’écoles, les licences ne touchent que les pratiquants en club ou les compétiteurs parce que l’écrasante majorité des pratiquants surfeurs ne se sentent pas visés par la politique fédérale. Dans la perception des surfeurs et gérants d’écoles de surf, la FFS s’est donné pour mission d’organiser la vie compétitive et la collecte de labels qui sont vécus comme des taxes.

Lorsqu’un BEES ou un BPJEPS veut continuer à se former pour acquérir de nouvelles compétences techniques, il ne peut s’inscrire à la formation du Brevet d’entraineur fédéral, même s’il enseigne dans le cadre d’un club, si les élèves ne participent pas aux compétitions fédérales. Or, les compétiteurs ne sont pas les seuls surfeurs en quête de performance et du meilleur entrainement possible. Dès lors, quel intérêt pour ce moniteur de se licencier auprès de la FFS s’il ne peut accéder à de nouvelles formations ?

La question que pose le questionnaire Eco-Safe Surfing 2018 est donc la suivante : la formation doit-elle encore favoriser les écoles et clubs labellisés FFS à l’exclusion des autres, sans tenir compte de la diversité des structures et des problématiques internes de l’ensemble de la profession ? Ces inquiétudes appellent certains éclaircissements qui, malheureusement, peinent à se frayer un chemin jusqu’aux professionnels et deviennent alors source d’incompréhension et d’immobilisme.

 

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