Formation Surf, part 3 : Création versus Emploi

Le BPJEPS et l’inévitable aggravation du paradoxe français : le « babyschool boom »

Le rapport 2008 de la DRJS sur l’emploi surf propose comme solution, pour allonger la durée des contrats de travail, de former, dans le cadre du brevet professionnel, des gestionnaires de clubs ou de leur donner des compétences pour développer une structure commerciale:

« Un moniteur de surf doit donc être un véritable « agent de développement » de sa profession et de son sport s’il veut pouvoir élargir la période d’activité professionnelle et ne plus être titulaire de la saisonnalité touristique estivale ».

Or, les écoles de surf en place trouvent de plus en plus difficilement de moniteurs de surf à salarier, pour une raison très simple : ces derniers montent leur propre structure dès qu’ils sortent de formation. Alors qu’auparavant, un jeune éducateur surf travaillait quelques années dans une école de surf (pour parfaire son expérience), depuis une dizaine d’années, l’éducateur surf tout frais sorti de formation se met aussitôt à son compte.

On peut alors se demander si la stratégie préconisée par le rapport n’est pas contre productive : les visiteurs en hors saison ne sont pas assez nombreux pour alimenter un nombre croissant d’écoles, gérées par des moniteurs de surf qui sont de mieux en mieux formés aux outils de la création d’entreprise et du marketing. Les premières écoles historiques évoluaient dans un espace vierge de toute concurrence, il n’était alors pas nécessaire d’être un brillant commercial pour faire tourner son école, cet âge d’or est clairement révolu, il faut prendre en compte les limites d’un marché qui arrive à saturation.

Le coût et la durée de la formation au BPJEPS, qui ont augmenté par rapport à l’ancien Brevet d’Etat, sont également pointés comme facteurs d’accroissement du nombre de création d’écoles. Extrait du rapport 2008 : « Selon ce gérant d’une école des Landes, ça va en dissuader pas mal pour ce qu’il y a au bout… Hormis ceux qui veulent monter leur propre structure, je ne vois pas l’intérêt : il faut voir le retour sur investissement ».

Par ailleurs, seules les structures associatives peuvent embaucher un moniteur à l’année. Dans ce cadre-là, l’éducateur peut en effet avoir besoin de connaissances de gestionnaire pour faire vivre et développer le club à l’année. Malheureusement, les salaires peu attractifs n’empêchent pas cette hémorragie de profs : ces derniers finissent par changer d’orientation professionnelle ou créer leur propre école de surf. Le rapport 2008 pose ce constat : « Les niveaux de rémunération sont généralement plus élevés en entreprise que dans les associations. Les permanents des clubs sont moins rémunérés que les CDD qu’ils emploient. Le niveau de rémunération est dans ce cas inverse au niveau hiérarchique ». Les perspectives d’évolution professionnelle dans un club du fait des salaires, ou dans une structure commerciale, du fait de la saisonnalité des contrats, ne rendent pas l’embauche suffisamment stimulante.

Pourtant, tandis que toute une génération d’employés de l’industrie du surfwear a connu des salaires anormalement bas (sous prétexte de happy surfing way of life), les niveaux de salaire des éducateurs surf se sont toujours maintenus à un niveau relativement haut. Tendance que la pénurie de moniteurs n’a fait que renforcer. A titre d’exemple, certaines écoles, ne trouvant plus de BPJEPS, paient des ISA (diplôme moins qualifiant) au même niveau que des éducateurs sportifs.

Quelques pistes pour sortir de l’ornière : plus de formation !

Si la seule alternative au manque de moniteurs est pour les écoles françaises d’embaucher des professeurs venus d’autres pays, dotés d’un diplôme international peu qualifiant – l’ISA -, il n’est pas besoin d’être un génie pour conclure que le BPJEPS ne suffit plus à produire suffisamment de main d’œuvre à l’embauche saisonnière.

Pour autant, la haute qualification des métiers du sport en France est un gage de qualité et de préservation des salaires, il ne faut pas tuer le BPJEPS. Le rapport de 2008 ouvre quelques pistes pour enrichir la formation afin de pallier au manque de moniteurs :

Puisque le BPJEPS se divise en une formation courte et une longue, la première pourrait former les saisonniers, la deuxième les gérants et permanents de clubs. « A défaut d’évolution dans ce sens, l’instauration du DEJEPS ou DESJEPS est souhaitable à court terme ». Là encore, il s’agit de développer les compétences dans la gestion d’une structure sportive, ce qui ne résout pas le problème du manque de main d’œuvre sur la période estivale.

Le questionnaire Eco-Safe Surfing 2018 montre que les moniteurs de surf regrettent le BF2 car ce dernier permettait de disposer d’un aide-moniteur à former, placé sous la dépendance d’un diplômé d’État de surf. L’avantage de ce diplôme intermédiaire pour les écoles employeuses : le BF2 ne pouvait pas monter sa structure de surf car son diplôme ne le rendait pas autonome au regard de la réglementation. Le sport étant classé parmi les sports à risque, un brevet fédéral ne peut toutefois plus être mis en place.

Toutefois, un autre diplôme calqué sur le modèle de l’ancien BF2, de niveau intermédiaire entre le BPJEPS et l’ISA, serait le bienvenu pour offrir en haute saison aux écoles des personnels à l’embauche, non pas des concurrents mais des employés ou des partenaires. C’est ce que préconise le rapport 2008 de la DRJS :

« Un diplôme « adapté » de moniteur-animateur… serait formalisé à destination des moniteurs émettant le souhait d’être « saisonniers » et son usage destiné à la découverte et à l’initiation du surf en saison estivale…

Les cours seraient assurés uniquement auprès de débutants dans une logique pédagogique de découverte et d’initiation…

Le diplôme adapté : un CQP surf ?

Le titulaire du diplôme « adapté » assurerait ses enseignements sous la responsabilité administrative et pédagogique d’un diplômé d’Etat (BEES 1 et 2, BPJEPS, DEJEPS, DESJEPS)… ».

Mais le rapport évoque une limite à la mise en place d’un tel diplôme : « Un tel allègement nécessite donc de reconsidérer la question de l’enseignement contre rémunération en environnement spécifique ». Or, le diplôme ISA, peu qualifiant au regard des diplômes déjà existants sur le sol européen, permet de travailler contre rémunération sur le sol français ! Il y a là un imbroglio que les professionnels ne comprennent pas.  Si quelqu’un – moniteur/formateur, cadre de la FFS ou de la DRJS – peut nous renseigner, il sera plus que bienvenu !!

Il existe dans d’autres disciplines sportives toute une palette de diplômes intermédiaires, parmi lesquels le CQP, le contrat de qualification professionnelle qui permet d’enseigner contre rémunération. Ces solutions évoquées en 2008 n’ont, dix ans plus tard, débouché sur rien de concret. Espérons que les réflexions actuelles prendront en considération les problématiques émises par les gérants d’écoles de surf présentes sur le « terrain », pour leur donner les moyens de leurs objectifs sociaux- professionnels.

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